Les journées « traditionnelles » du camp

baden_powell_portrait - CopiePar Lama.

Le camp d’été s’articule principalement autour de trois périodes principales : les installations, l’exploration, le grand jeu. Parfois vient se placer une aventure extraordinaire comme une descente de rivière. Ces « grande périodes » n’occupent pas tout le camp. Il faut d’autre petites activités » pour s’intercaler et pour permettre aux scouts de souffler. Ce sont les « activités traditionnelles ». Ces activités sur une seule journée apportent leur lot de joie, d’initiative et de dépassement de soi tout en contribuant à la grande aventure du camp mais dans une moindre mesure que les constructions, l’explo et le grand jeu. Citons-les, on trouve :

Aventure                                          durée / jours
installations                                            3
démontage                                              1
explo                                                           3
grand jeu                                                   2
concours cuisine                                   1
olympiades                                              1
service                                                        1
jeu nature                                                 1
Journée repos / feu de camp           2
Durée totale du camp                   2 semaines

On le voit bien, pour un camp d’environ 2 semaines, il va falloir placer bon nombre de ces activités de transition / relâche. Mais attention ! Ces périodes de moindre aventure doivent être jouées de manière correcte et conforme à l’esprit scout.

Alterner

Tout d’abord, mais c’est une évidence pour tous, il faut absolument intercaler les aventures hors du camp, fatigantes et celles plutôt reposantes au camp. Ainsi, à la fin des installations on restera au moins une journée au camp, ne serait-ce que pour profiter au moins une journée du confort du coin de patrouille. Pareillement, au retour de l’explo on ménagera du temps au camp pour se reposer, se laver, rédiger.

Émulation, pas compétition

L’esprit de compétition encourage la tricherie, le ressentiment, l’animosité. En cela il est néfaste à l’esprit scout et il faut absolument s’en détourner. Il faut lui préférer l’émulation qui est plus difficile à instaurer mais qui correspond à l’esprit scout. Très souvent, les chefs incompétents qui gèrent un camp de prisonniers s’accommodent parfaitement de l’esprit de compétition. Cet esprit pousse donc une partie des scouts à s’opposer, voire à se dresser contre d’autres parties. La compétition amène nécessairement l’injustice et la brimade. L’émulation c’est reconnaître les efforts de chacun sans pour autant retirer le trophée pour ceux qui l’on gagné. C’est pour chaque « non gagnant » dire un mot d’encouragement ou des félicitations pour tel ou tel point.

Repos réparateur, pas glandage

Lors des journées repos ou relâche, on reste scout et  la loi scoute continue de régner sur le camp, le système de commandement est toujours en place ainsi que le cadre de la journée. Il se passe simplement que la journée se déroule au camp et qu’une certaine liberté s’établit quant à la manière d’organiser les activités.

Savoir supprimer, simplifier

Ces journées d’aventure moins intense peuvent être supprimées si besoin, par exemple lorsque le camp est court. Olympiades, ConCu, nature ou service sont des journées qui peuvent fort bien être supprimées. Dans ce cas, on vivrales autres plus intensément. On peut également inventer d’autres activités, voire les mettre sous concours : par exemple journée lessive ou propreté. À vos idées !

Les journées à proscrire

Dans certaines unités s’est installée la coutume d’une journée inversée ou décalée. Nous avons découvert plusieurs variantes. L’horaire de la journée est inversé ; ainsi on commence par la veillée et ou termine par le dérouillage. Mais aussi les cul-de-pat deviennent chefs et inversement. Il peut se passer que tout le monde glisse d’un cran en avant, ainsi les CP passent à la maîtrise, les seconds passent CP et la maîtrise passe cul-de-pat dans les patrouilles.

Ce type de journée est absolument à proscrire pour une seule raison : ON NE JOUE PAS AVEC L’AUTORITÉ. L’autorité est à la cité ce que le sacré est à la religion. Cette matière « Autorité » ne peut pas servir à un jeu ou à une expérience. Exactement de la même manière qu’on ne plaisante jamais avec le sacré. De ce point de vue L’autorité est un concept dont on ne peut disposer même s’il n’y a aucune malice dans l’intention. En outre on pourrait croire que ces journées sont drôles mais l’effet rigolo ne dure que quelques instants. Ensuite il faut tirer toute une longue journée qui se révèle de plus en plus triste. Ce que l’on avait pu croire vraiment drôle se termine dans une ambiance amère et morose. Heureusement, tout s’achève à la fin du jour. Finalement tout le monde est content que la société du camp se rétablisse dans son ordre normal même si tout n’y est point parfait. Que s’est-il passé ? Sans autorité réelle, pas de loi, sans loi, pas d’esprit scout, en quelques heures les garçons redeviennent des « jeunes » et le pire de leur véritable nature ressort alors et s’expose souvent sans la moindre retenue…

Dans certaines entreprises qui sont à la recherche de cadres compétents mais sans scrupules, on met en place ce genre d’expérience où l’autorité a été abolie ou dénaturée. En effet, les pires éléments se révèlent très facilement. Il existe à peu près le même concept dans certaines émissions télé-réalité.

L’autorité est le plus grand bien d’une cité quand bien même elle serait athée. Le « bon chef » est le signe que le Bon Dieu bénit cette citée.

Concours de cuisine

Il existe plusieurs façons de jouer le concours cuisine. Menu libre ; Menu imposé, Contrôle continu.

Menu et ingrédients libres.

Les patrouilles disposent d’un budget et confectionnent les plats qu’elles souhaitent. Il faut que le chef surveille particulièrement plusieurs points afin qu’il n’y ai pas de dérives.

1°        S’enquérir auparavant des plats envisagés (dans le secret vis à vis des autres patrouilles si vraiment il le faut) afin de repérer d’éventuelles aberrations on difficultés prévisibles. L’idéal est d’en parler au CDC, c’est un excellent moyen de retirer l’esprit de compétition et de développer l’esprit d’entraide.
2°        Maîtriser le budget. Éradiquer ce qui est cher et luxueux, mais surtout éradiquer ce qui ne demanderait pas d’effort. Ainsi on n’achètera pas de la crème chantilly en bombe mais on la fabriquera soi-même. Ce point discuté en CDC devrait permettre à tel CP de dire à son collègue : « Notre troisième utilise tells fourchette ou alors opère comme ci ou comme ça, je vous l’enverrai pour qu’il vous montre ».
3°        Maîtriser l’horaire. C’est le point délicat de ces concours de cuisine. Ça commence dans la matinée et il n’est pas rare que la première dégustation n’ait lieu qu’à 16:00. Il faut que le CT organise et balise correctement la journée.
Les patrouilles mettent au minimum 4 heures pour réaliser leur festin. On verra s’il est plus judicieux de placer ce concours au déjeuner ou au dîner. On verra si on fait les courses le matin même ou si les ingrédients sont prêts de la veille.
Très souvent les patrouilles font des animations, fort sympathiques au demeurant, mais qui allongent considérablement la dégustation. Sans dire qu’il faille supprimer ces animations, au moins se poser la question du problème de durée qu’elles engendrent et trouver des solutions.
4°        Justice et équilibre. Il se passe souvent que, étant donnée l’heure tardive du premier repas, la maîtrise affamée se rue sur la première dégustation pour apaiser sa faim. Lorsqu’arrive la dernière dégustation vers 17:00 ou 18:00, l’appétit et donc la perception sont nettement différents. Il faut également que le chef explique les critères ou la façon dont il entend évaluer afin qu’il n’y ait pas de surprise. Attention c’est à la façon de noter que s’établit l’esprit de compétition. Il ne faut pas que les CP jouent les points mais joue à fond le jeu de la « grande cuisine ».

5°        Pas de goinfrerie. Il est très courant qu’une fois la délégation partie, les patrouilles se livrent à de véritables goinfreries. On se rue sur la nourriture, certains attaquent directement le dessert. Aucun risque de rappel à l’ordre, les chefs repus sont indisponibles jusqu’à la veillée.

Menu imposé

Une façon différente de jouer le « ConCu » c’est le menu imposé. Ce type de  ConCu permet de maîtriser le temps et le budget bien plus facilement. Il en est de même pour l’équité et la justice. Enfin, si le menu a été habilement choisi il réduit considérablement les risques de goinfrerie. On objectera que ce type de concu est moins drôle… c’est vrai en partie, on pourrait lui reprocher un manque de créativité. En revanche il est plus efficace et plus technique. Mais le rôle du chef est de choisir en fonction du bien commun. Si l’on n’est pas certain de pouvoir maîtriser les points délicats du  ConCu, alors mieux vaut passer au menu imposé.

Contrôle continu

Enfin la dernière forme de concu est celle du contrôle continu. Cette formule peut entrer en partie dans la notation du  ConCu classique. Avec le 4C (Concours Cuisine Contrôle Continu) le but affiché est que tous les repas soient bons, bien préparés, animés avec des conversations intelligentes et chaleureuses, à l’heure, et complétement terminés par le rangement et la vaisselle. Les critères sont donnés en début de camp et examinés chaque jour en CDC. On se servira de ce type de  ConCu pour faire progresser rapidement une unité qui éprouverait quelques difficultés avec les repas. Bien évidemment la maîtrise doit suivre les progrès, conseiller, enseigner et mettre la main à la pâte.

On peut utiliser ce type de concu pour un petit camp d’hiver ou de Pâques. Cela peut également éviter de consommer une journée entière pour un camp un peu court ou alors vraiment bien rempli.

Olympiades

C’est avant tout une journée rigolade et cohésion. Pour cette journée supprimons tout particulièrement l’esprit de compétition. Ici pas de liste d’épreuves conseillées, que les chefs regardent dans les autres unités ce qui se fait et qu’ils fassent leur choix en opérant un tri suivant la drôlerie et la cohésion. Inventons des épreuves ; utilisez les forums pour recueillir des idées et n’hésitez pas à utiliser le forestage pour inventer des épreuves (voir forestage et vie au camp). Les épreuves ne sont pas nécessairement sportives, Pensons à des concours de feu (faire bouillir de l’eau), de tenon, de nœuds, de topo… Ceci peut donner quelque chance de l’emporter à une patrouille qui ne comporterait pas de gros balaise. Un de mes oncles qui était scout en 1948 m’a raconté ses olympiades avec concours d’allumage de feu sans allumette… c’est lui qui m’a enseigné la technique d’allumage de feu avec un archet.

Renouvelons-nous et surtout parlons-en au cours des CDC bien longtemps à l’avance…

Sioule interdite 
: plusieurs raisons à cela.

Aux scouts je ne connais pas de sioule qui se soit terminée sans un blessé.
Rarement le camp présente un terrain adéquat. On trouve souvent arbres, souches, rochers, silex… Enfin, une multitude d’obstacles qui entraîneront certainement un accident.
Un jeu sans règle n’est pas un jeu scout.
C’est l’activité emblématique d’une maîtrise incompétente qui a besoin de meubler une heure ou deux sans préparation et sans compétence particulière.

Journée service

Le chef d’unité doit se rappeler impérativement une chose : des scouts qui effectuent ce qui ressemble à une « corvée » seront efficaces à peu près 2 heures. Au-delà le rendement baisse et  le risque de bêtise augmente. Cela signifie que la durée hors-tout de l’activité sera au maximum de 3 heures. Par ailleurs, un garçon qui est scout parvient à être relativement efficace lorsqu’il travaille pour lui mais l’expérience montre qu’il est nettement moins consciencieux lorsqu’il travaille en corvéable. Que les chefs en soient conscients afin qu’ils surveillent réellement si le travail demandé est proprement effectué. Rien n’est pire qu’un travail mal fait… souvent on eut préféré que rien du tout n’ai été fait. Reprendre et rectifier est souvent bien plus compliqué que faire. La maîtrise doit absolument jouer un rôle de contremaître sinon le travail sera mal fait.

Ces carences ou ces dispositions n’ont rien à voir avec le scoutisme, elles sont liées à la nature de l’adolescent. Justement le scoutisme est là pour lui apprendre à être plus tard un adulte consciencieux et responsable. La « corvée » arrive en fait un peu trop tôt dans le développement de l’adolescent et le chef devra particulièrement veiller à ce qu’elle soit bien effectuée à la satisfaction du bénéficiaire (propriétaire du lieu de camp par exemple).

Journée repos

Certainement indispensable au retour d’explo et de grand jeu. Il n’en faut certainement pas trop. Ces journées repos peuvent être des demi-journées seulement. Le chef fera des tournées pour vérifier que les scouts livrés à eux-mêmes ne font pas de bêtises. Les activités classiques pour ces journées de relâche sont : rédaction du rapport d’explo, courrier aux parents, lessive, toilette, nettoyage, réparation de matériel, reprisage d’effets, objets en forestage (sièges, couverts, accessoires pour veillée…), pêche, sieste, cuisine… bref toute activité nécessaire, utile, ou superflue du moment qu’elle occupe sainement.

L’erreur classique, surtout dans les unités qui se targuent de garder « les traditions », consiste à transformer ces journées repos en journées infernales tant les chefs parviennent à y caser d’activités religieuses supplémentaires obligatoires. Il faut faire exactement le contraire, en relâchant l’activité mais en conservant le cadre du camp, la véritable personnalité des garçons se révèle. Ces journées repos sont des moments privilégiés pour attirer les scouts au Kraâl. On parle, on signe des épreuves, l’aumônier confesse… Ces journées sont un excellent moment pour que le chef se rende compte par lui-même de l’état d’esprit de ces scouts.

Jeu nature

Sans doute peu d’unités connaissent-elles la journée nature. Il s’agit pour les patrouilles de remplir plusieurs « missions nature » données par le chef. Le tout dans un périmètre donné et sans se faire voir des autres, chefs ou patrouilles. Les missions types : un herbier, des photos d’animaux, des plumes d’oiseaux, trouver et identifier, des fleurs ou des plantes etc. S’il vous plait de l’imagination ! Ne pas se faire voir sous peine de perdre des points rends les « traques » ou les « quêtes » bien plus attrayantes. La nourriture est déposée par les chefs en un lieu donné. On la récupère sans se faire voir. On doit faire son feu sans fumée et sans odeur sous peine de se faire repérer. Cette journée débute avant le repas de midi et s’achève après le goûter par exemple. Le terrain peut faire jusqu’à 1 km², en fait cela dépend de la nature du terrain, comme les missions d’ailleurs. En général les éclaireuses apprécient beaucoup cette journée.

Les chefs effectuent quelques rondes mais ne fouillent pas vraiment le terrain. Leur rôle est de compliquer la tâche des patrouilles sans réellement les entraver. Les chefs remplissent normalement des missions similaires afin de pouvoir apprécier le butin des patrouilles à sa juste valeur.

Toujours penser aux moteurs et aux buts

Toutes ces activités de moindre aventure que les constructions, l’explo ou le grand jeu doivent absolument être sous tendues par l’un des autres moteurs. Il reste : la bande, l’engagement, les technique scoutes, les responsabilités. Enfin il faut constamment penser aux buts du scoutisme et on aura une vision plus claire de ce qui convient ou pas. Les buts sont : habileté manuelle / confiance en soi ; sens des autres / oubli de soi ; bonification du caractère (surtout s’il est fort) ; santé / joie de vivre ; sens de Dieu et de sa destinée.

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Une réflexion au sujet de « Les journées « traditionnelles » du camp »

  1. J’ai vécu aux guides une autre journée dite traditionnelle.
    C’était la journée des CP.
    Nous partions toute la journée avec la Cheftaine de Compagnie, la première assistante, l’aumônier… Et nous visitions tel ou tel lieu touristique, nous déjeunions au restaurant…
    L’idée de base était de permettre à nos secondes, les éventuelles futures CP de diriger seule la patrouille pendant toute une journée et d’offrir aux CP un temps de pause pendant le camp, loin de la patrouille et de ses responsabilités.

    En tant que CP, je redoutais ces journées.
    Pour plusieurs raisons. J’aimais vraiment ma patrouille, nous étions une famille et je n’avais nulle envie de les quitter pour m’offrir du bon temps au restaurant ou dans un musée.
    Les cheftaines nous sortaient de l’esprit du camp pour nous replonger de façon artificielle dans la civilisation: mais l’ambiance du restaurant était fade et puis c’était moins drôle qu’aux guides! J’aimais l’atmosphère de ma patrouille et la vie simple que nous menions. C’était ça ma bouffée d’oxygène!

    J’ai été cheftaine de Compagnie dans une autre unité par la suite et j’ai pu analyser ce qui ne me plaisait pas.
    Cette journée était anti pédagogique au possible.
    Aux CP, on transmettait le message que la vie au camp, c’est pour les guignols: elles, qui sont grandes, la subissent et elles ont droit à une juste compensation en s’offrant un resto et une sortie entre copines. « La vraie vie, c’est celle où on achète pour être heureux. »
    On prétendait former les futures CP en les catapultant a la tête de la patrouille pour une journée, mais le futur CP apprend par l’exemple de son CP actuel et les occasions ne manquent pas au camp d’apprendre à diriger. Le second prend certainement en mains une partie des installes, une partie des investigations pour l’explo, part en avant avec un groupe pendant le grand jeu…
    Enfin, les patrouillardes attendaient toute la journée le retour de leur CP car elle etait l’âme de sa patrouille et elle lui manquait.

    Bref, c’était une journée de gâchis.

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