Topographie / Orientation

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azimut raid CPChez les scouts, sait-on vraiment à quoi servent topographie et orientation? La réponse est vraiment très simple ; ça sert à deux choses qui sont intimement liées :

–          Toujours savoir où l’on se trouve (ou ne jamais se perdre)
–          Choisir le meilleur itinéraire pour la mission.

L’orientation et la topographie n’ont pas d’autre fin, cela ne semble pas très sérieux mais pourtant la maîtrise de ces deux points donne les moyens de vivre l’aventure. Quoi de plus navrant qu’un grand jeu qui foire parce que telle ou telle patrouille s’est perdue ? Quoi de plus lamentable que cette patrouille qui, au cours de son exploration, se borne à suivre des routes ? Dominer la topo c’est maîtriser le temps et l’espace, c’est ménager ses forces, c’est commander son destin immédiat. Maîtriser la topo c’est aussi oser se lancer hors des sentiers battus et se donner la chance de découvertes insolites ou stupéfiantes. C’est éveiller la vivacité de l’esprit qui cherche et qui en oublie la fatigue de la progression.

Pour s’orienter il existe trois instruments : la carte, la boussole et… Le terrain lui-même. C’est en travaillant avec ces trois instruments à la fois qu’on se dirige de manière sûre. Parfois l’un des trois nous manque. Parfois deux nous manquent. Ce peut être le cas d’une marche de nuit avec simplement la boussole, le terrain est bien là mais il se distingue à peine. Mais voilà, être un crac en orientation ça s’apprend. Il y quelques bases… Et beaucoup de pratique.

Voici les notions qu’il faut comprendre et assimiler et qui sont :
–          Les 3 Nords et les quadrillages
–          Calculer et suivre un azimut
–          Comprendre le relief et les cours d’eau
–          Décrypter les symboles de la carte.

Les 3 Nords et le quadrillage

Les cartes regorgent d’informations et en France nous avons de la chance, elles sont excellentes : très lisibles et très complètes. Elles se lisent presque d’elles-mêmes. Si un signe nous intrigue, il suffit de le chercher dans la légende. Les bois, les champs, les broussailles… Tout est indiqué. Pas la peine donc de s’appesantir sur le contenu de la carte, il sera vu plus tard. En revanche il faut bien comprendre comment est construite la carte et sur quelles bases géométriques elle est appuyée. C’est très important pour bien comprendre l’affaire des 3 Nord. Eh oui ! Sur une carte sont mentionnés 3 Nord différents et c’est capital pour courir dans les bois une boussole à la main. On distingue donc :

–      Le nord géographique
–      Le nord Magnétique
–      Le nord du quadrillage (Lambert, UTM…)

les positions relatives de ces 3 Nord peut varier suivant les pays ou les régions
les positions relatives de ces 3 Nord peut varier suivant les pays ou les régions

Sur une carte digne de ce nom, ces 3 Nord sont indiqués dans la légende.

Le Nord Géographique : Sur les cartes IGN, la direction du nord géographique est donnée par les bords droit et gauche de la carte. La carte est généralement en forme de trapèze ce qui fait que, si on tirait une droite sur chacun des deux bords de la carte, elles se rejoindraient au nord géographique. Chacun sait que le nord géographique correspond à l’axe de rotation de la terre. Donc chacun des bords de la carte est une portion de Méridien. De la même manière les bords supérieurs et inférieurs de la carte sont des parallèles. C’est assez facile à vérifier, on trouve des graduations en grade ou en degrés. Et comme par enchantement les limites de la carte sont en valeurs rondes. Une carte (IGN) est donc une petite portion de territoire limité par deux parallèles et par deux méridiens. Ceux qui ont suivi pourront donc comprendre que les acheteurs d’une carte de Dunkerque (dans le nord) reçoivent une carte un peu plus petite que ceux qui se procurent une carte de Font-Romeu (Pyrénées). Tout simplement parce que la portion entre les deux méridiens se rétrécit à mesure qu’on monte vers le nord. En revanche l’écart entre les 2 parallèles d’une carte reste constant.

Le Nord magnétique La terre est un gros aimant. Coup de bol, le flux magnétique passe à peu près par les pôles. La position du champ magnétique varie de manière assez importante. Il faut savoir que le nord magnétique n’a pas toujours été proche du nord géographique. C’est évidemment la direction du nord magnétique qu’indique la boussole. L’ennui c’est que ça bouge avec les années. Grâce à la dérive qui est indiquée sur la carte, on peut calculer la nouvelle position si la carte n’est pas trop ancienne.

Le nord du quadrillage  Sur la carte a été rajouté un quadrillage kilométrique. Ce quadrillage est un vrai quadrillage avec que des angles droits. Il diffère donc du canevas trapézoïdal des parallèles et des méridiens. carte quadrillage UTM ou LambertDonc ce quadrillage kilométrique ne coïncide pas avec l’orientation de la carte. Sur certaines cartes (militaires surtout) ce quadrillage est marqué en gras. Sur d’autres cartes ce quadrillage est marqué tous les 5 ou 10 km. Le rappel à chaque Km est alors effectué à l’aide d’une petite croix. Souvent on trouve même 2 quadrillages : le quadrillage Lambert (nom du géomètre qui a organisé le tracé des cartes en France) et le quadrillage UTM (Universal, Tranverse Mercator) le quadrillage UTM est un système de quadrillage et de repérage valable dans le monde entier alors que le Quadrillage Lambert n’a court qu’en France. Gerardus Mercator était un géophysicien du 16ème siècle.

UTM projection

Transverse_Mercator_meridian_stripes_20degLe nord du quadrillage est donc la direction à peu près verticale de ce quadrillage. Ce nord est différent du nord magnétique et il est différent du nord géographique. Mais… pourquoi donc avoir inventé un nouveau nord ?

les cartes ('sérieuses)  sont généralement délimitées par des parallèles et des méridiens
les cartes (sérieuses) sont généralement délimitées par des parallèles et des méridiens

voici comment les trois Nord apparaissent sur la carte

Coordonnées faciles à mesurer. En de nombreuses occasions il est important de donner rapidement les coordonnées du point où l’on se trouve. Si on donne sa latitude et sa longitude en degrés ou en grades, bonjour le travail sur la carte ! N’oublions pas que les cartes sont construites sur des échelles simples : par exemple 1/50 000ème c’est à dire que 2 cm sur la carte représentent 1 km sur le terrain. Si la carte est adaptée à une conversion immédiate des distances, elle ne l’est absolument pas pour calculer les parallèles et méridiens et l’opération est très compliquées sauf si un GPS vous donne ces coordonnées. Donc c’est décidé, on donne sa position suivant le quadrillage kilométrique. Cette mesure est effectuée avec un double décimètre directement sur la carte. En outre ça simplifie énormément les calculs dès qu’on travaille sur deux points pas trop éloignés l’un de l’autre. (Ce qui est toujours le cas pour les scouts)

 voici comment les trois Nord apparaissent sur la carte
voici comment les trois Nords apparaissent sur la carte

Azimut facile à mesurer : Les coordonnées sont faciles à mesurer mais les angles de boussole sont également faciles à mesurer. Sur la carte on trace d’un trait son itinéraire pour aller d’un point à un autre (en mettant bien une flèche qui indique le sens de progression). Ce trait matérialise la direction de la marche. Ce trait coupe nécessairement des lignes du quadrillage kilométrique puisqu’il y en a partout sur la carte. Il suffit alors de mesurer l’angle avec le nord du quadrillage kilométrique puis d’apporter la correction entre le Nord Géo et le Nord du quadrillage. On obtient ainsi son angle de marche par rapport au nord géographique. Pour obtenir son angle de marche (ou azimut) par rapport au nord magnétique, on opère une nouvelle correction. En réalité la correction totale est la différence entre la flèche y et le Nord Magnétique. Le Nord quadrillage varie d’une carte à l’autre mais ne varie pas dans le temps.  Le nord magnétique varie suivant les lieux et suivant le temps. I faut donc bien faire attention pour les corrections.
C’est finalement cette valeur d’azimut magnétique qu’on affiche sur la boussole. Nous verrons plus loin comment calculer un azimut sur la carte et comment l’afficher sur la boussole.

Calculer et suivre un azimut

Plusieurs modes de progression. Il existe plusieurs façons de se rendre d’un point à un autre, ces façons dépendent de la mission mais aussi de la nature du terrain. Il faudra apprendre à choisir le bon mode de progression. En Forêt de Rambouillet qui est relativement plate et pénétrable dans la grande majorité de ses parcelles, on pourra progresser à l’azimut sur de longues distances, c’est à dire en suivant une direction donnée par la boussole. Dans les collines du Morvan c’est une autre histoire, l’azimut se révèle difficile, car en ligne droite on risque fort de monter et descendre pour rien. Chacun a remarqué que la marche à l’horizontale, demande moins d’effort que grimper ou dégringoler des pentes. On risque aussi de traverser des haies touffues à chaque fois qu’on aborde une zone de bocage. On va donc essayer de suivre des chemins, mais comme rarement il y a un chemin qui va exactement du point A de départ au point B de l’arrivée, il sera judicieux de sauter de tronçon de chemin en tronçon de chemin. Ces sauts pourront être effectués à l’azimut sur de courtes distances. Dans d’autres cas il n’y a pas de chemins du tout, ceux qui ont parcouru le parc Uhro Kekkonen en Laponie comprendront ce que cela signifie vraiment. Il faut absolument comprendre le terrain pour choisir son mode de progression. Mais dans tous les cas on a besoin de confirmer sa position au cours de la progression, il faut savoir vérifier l’orientation des éléments de terrain qui se présentent. Il faut savoir calculer ou relever un azimut aussi bien sur table que sur le terrain.

Calculer un azimut

sur la carte on trace au crayon (sans trop appuyer) l’axe de sa progression qui passe bien sûr par les points A et B . Ensuite on repère quelle ligne verticale du quadrillage kilométrique coupe cet axe et on la trace. Ensuite, on inscrit correctement les flèches sur les axes : une vers le nord et une dans la direction de la progression. Si on saute cette opération c’est le plantage quasi assuré. Après, à main levée, on trace l’arc de cercle orienté (avec une flèche) depuis la direction du nord vers la direction que l’on souhaite suivre. Cette précaution est très importante si on veut marcher dans la bonne direction et non pas dans la direction opposée. Une fois cette opération capitale effectuée, on se saisit du rapporteur et on mesure l’angle. (si on ne sait pas se servir d’un rapporteur, retourner en classe de CM1).

calculer azimut rapporteur

Attention, un rapporteur ne mesure les angles que de 0° à 180°. Si par exemple on marche plutôt vers l’ouest, l’angle mesuré devrait avoisiner 270° et cela dépasse l’étendue de mesure du rapporteur. Dans ce cas, on sait que pour passer de la direction nord à la direction sud on a 180° en plus. On va donc mesurer l’angle depuis le sud jusqu’à la direction de marche et on n’oublie pas d’ajouter ces 180° (du nord vers le sud). Attention, si on progresse presque vers le nord ou presque vers le sud, l’angle ainsi dessiné sera très fermé et assez difficile à mesurer. Dans ce cas on trace l’axe est-ouest du quadrillage à la place de l’axe nord-sud et on rajoutera 90° ou 270° à l’angle relevé au rapporteur. Ouf, c’est fait ! On a relevé l’angle de marche par rapport au nord du quadrillage, c’était la première étape.

La deuxième étape consiste à porter les corrections afin de changer de référence et d’obtenir cet angle par rapport au nord magnétique. Pendant cette opération on a toutes les chances de se tromper si on n’opère pas comme indiqué : il faut repérer le schéma des 3 nord dans un coin de la carte. Les angles y sont indiqués ainsi que la variation annuelle de la déclinaison magnétique. (Attention à ne pas travailler avec de trop vieilles cartes car cette variation magnétique n’est pas vraiment constante d’une année sur l’autre). Ensuite il faut tracer le schéma suivant et placer les arcs avec leur valeur. Avec un peu de réflexion on voit ce qu’il faut ajouter ou retirer pour obtenir la valeur finale à afficher sur la boussole.les 3 nord

Nous insistons beaucoup sur la nécessité de dessiner ce schéma à chaque fois, c’est la seule façon de voir s’il faut ajouter ou retrancher les corrections.

Il y a ceux qui n’ont pas de rapporteur d’angle dans leur trousse topo (et qui vont maintenant en acheter un). Pour eux, il est possible de se servir de la boussole comme rapporteur. La mesure est moins précise mais l’avantage est de pouvoir mesurer des angles de 0° à 360° (le tour complet). Attention, il n’est pas nécessaire d’orienter la carte pour relever l’azimut, on peut donc oublier l’aiguille de la boussole. La méthode est similaire à celle du rapporteur. On aligne le bord du châssis de la boussole le long de la direction de marche et dans le sens de la marche (dans le sens de la flèche). Ensuite on tourne la loupe mobile de manière à aligner les repères du nord loupe boussole sur ceux du nord quadrillage de la carte.

azimut relevé sur carte

Relever l’angle, apporter les corrections pour parvenir à l’azimut par rapport au nord Magnétique (comme vu précédemment).

Cette manière de procéder directement avec la boussole est beaucoup moins précise qu’avec un rapporteur mais elle se fait rapidement. Ce sera cette méthode qu’on utilisera sur le terrain pour opérer des vérifications.

Prenons un exemple : au cours d’un jeu on débouche sur un chemin. En consultant la carte, il semblerait que ce soit tel chemin mais on n’en est pas absolument sûr. On relève alors l’azimut du vrai chemin et on vérifie sur la carte l’orientation du chemin qu’on pense avoir rencontré. Si les orientations correspondent c’est bon (ce peut être un chemin parallèle évidemment mais supposons qu’on ne s’est pas planté si lourdement. Dans ce type de vérification, pas besoin de précision et il est possible d’oublier les 3 nord et faire comme s’ils se confondaient.

Il faut absolument savoir relever rapidement l’orientation d’un élément sur la carte, c’est l’opération de vérification qui sert constamment. Vérifier souvent l’orientation des éléments de terrain rencontrés permet de ne pas se tromper pendant une progression à la carte. Pour faire souvent ces vérifications il faut savoir les faire rapidement et sans se tromper. N’oublions pas que nous avons 3 éléments d’orientation : la carte, la boussole et le terrain et à chaque vérification les 3 éléments doivent concorder. Le gars qui ne sait pas jongler astucieusement avec ces trois éléments finira par se tromper et se perdre.

 Relever un azimut sur le terrain

Nous venons de voir comment relever un azimut sur la carte mais qu’en est-il sur le terrain. Par exemple on croises un chemin et tu veux en connaître l’orientation. Facile : on prend la boussole dans la main gauche (droite pour les gauchers). On se place dans la direction du chemin sans lâcher la boussole et on tourne sur soi tout entier et non pas seulement la main, jusqu’à ce que le châssis de la boussole soit bien dans l’axe du chemin. azimut relevé sur terrainSi on ne fait pas ainsi, c’est le plantage assuré. Surtout on ne s’occupes pas (encore) de l’aiguille, on la laisse faire ce qu’elle veut.

Ensuite, sans bouger la main qui tient la boussole, de la main droite on tourne la loupe mobile de manière à ce que les repères du nord tracés sur la loupe viennent encadrer la partie rouge de azimut relevé terrain-2l’aiguille. Attention pendant cette opération il ne faut pas bouger, ni la main qui tient le châssis de la boussole ni le corps. Sinon la mesure est fausse. Hop ! c’est fini, et tu regardes la valeur sur la graduation circulaire.

Mais éventuellement tu n’as même pas besoin de relever cette valeur, tu gardes bien la position de la loupe mobile et tu reportes ta boussole ainsi réglée sur la carte pour opérer la vérification sur la carte. En plaçant le bord du châssis de la boussole sur ledit chemin tu dois voir les repères du nord se placer à la verticale sur la carte (à peu près). Si c’est bien le cas c’est que le chemin sur la carte est orienté comme celui où tu te trouves, il y a de grandes chances que ce soit bien les mêmes.

 Suivre un azimut

Tracer un azimut sur une carte est relativement court, il est plus long et plus subtil de le suivre sur le terrain, une multitude de détails revêtent une importance capitale.

Première étape: régler la boussole sur la valeur de l’azimut à suivre. Il suffit de tourner la loupe mobile de la boussole pour venir mettre la graduation de l’azimut à suivre en face du repère qui correspond à l’axe de la boussole. À cette occasion, il faut faire attention aux graduations. Souvent, l’intervalle entre deux graduations correspond à 2°. Attention donc à ne pas régler la boussole à 104° au lieu de 102° par exemple. Parfois la boussole est en grades ou en millièmes.

Deuxième étape: attacher la boussole à son poignet ou passez le cordon autour du cou pour ne pas la perdre. Dans les ronces ou les fougères épaisses, on laisse assez facilement tomber sa boussole. S’il fait nuit ou si quelqu’un vient à marcher dessus, bonjour les dégâts !

Troisième étape : prendre l’azimut et partir. Il n’y a que le premier pas qui coûte. Au cours de votre marche à l’azimut, vérifiez régulièrement que votre boussole reste toujours bien réglée, surtout si le cadran mobile est un peu trop libre.

Si on décide de suivre un azimut sur seulement quelques centaines de mètres pour aller rattraper un chemin sensiblement perpendiculaire à l’azimut, il n’est pas besoin de suivre exactement l’azimut. À quelques degrés près, on va nécessairement tomber sur le chemin cible.

il faut souvent comparer l'orientation des éléments sur le terrain et sur la carte.
il faut souvent comparer l’orientation des éléments sur le terrain et sur la carte.

Lorsque l’azimut est plus long et que le but à atteindre est un point particulier, alors la précision est de rigueur. Prenons par exemple, une erreur de 2 degrés sur un azimut de 5 km. À l’arrivée, le décalage sera : tang(2°) x 5000 m = 175m. Ce n’est pas négligeable, surtout en terrain boisé. On passe à côté du point et on continue jusqu’à ce que la patrouille se révolte. Ou alors au lieu de passer sur le bord de l’étang, comme le montrait le tracé sur la carte, on passe en plein milieu. il est assez rusé de décaler un peu son azimut à droite ou à gauche et d’être ainsi certain que le point cible se trouve à coup sût à Gauche ou à droite d’un repère très facile à identifier. (chemin, rivière, falaise…)

Prendre la visée de l’azimut est très simple. Il suffit de s’appliquer un peu. On prend la boussole bien à plat dans la main (main et boussole toujours attachées à votre poignet), la flèche de l’axe de la boussole bien perpendiculaire à la ligne des épaules et à la ligne des pieds. Ensuite, on tourne tout son corps pour venir positionner l’aiguille magnétique du Nord entre les repères du nord de la loupe. Il est très important de tourner le corps d’un bloc et non seulement le bras. Le but est de toujours avoir la ligne des épaules bien perpendiculaire à la flèche dans l’axe de la boussole. Une fois que l’aiguille magnétique du Nord et la flèche Nord du cadran mobile coïncident, on relève la tête en suivant bien la flèche de l’axe de la boussole et on trouve sur cet axe un point de repère à quelques dizaines de mètres et on marche dessus puisqu’avec tout son corps on est déjà dans la bonne direction. Une fois ce premier jalon atteint, on recommence l’opération et encore et encore.

azimut suivre

Le point de repère choisi doit être reconnaissable, si on le quitte des yeux, on doit être capable de le retrouver. C’est assez dur dans la forêt où tous les arbres se ressemblent. C’est pourquoi on ne doit pas chercher des repères lointains mais au contraire très proches. Si on hésite sur son point de repère au bout de quelques pas, hop ! On reprend une visée. Même si le terrain est très dégagé il ne faut pas prendre des visées trop lointaines, 20 à 50m, pas plus. S’il n’y a pas de points tant pis (désert, prairie, causse…), on prend la direction de la boussole et on avance et lorsqu’on commence à perdre la mémoire de la bonne direction on reprend l’azimut. Lorsqu’il y a du soleil c’est nettement plus facile, on peut garder un certain angle par rapport au soleil ou par rapport à sa propre ombre. Cependant attention, le soleil tourne, pas très vite certes mais il tourne tout de même et en une heure sa progression est d’environ 15°.

On va dire que cette méthode manque de précision. Bien au contraire, elle est très précise, car les nombreux écarts et approximations se moyennent automatiquement. Le danger ne vient pas de là. Deux énormes erreurs guettent le débutant.

Erreur N° 1 : Croire que la boussole ne fonctionne pas bien et qu’elle tire à gauche ou à droite. S’il n’y a pas de bulle dans la loupe et si l’aiguille tourne bien, alors la boussole fonctionne parfaitement. ET IL FAUT LA CROIRE. L’impression de tirer à droite ou à gauche est totalement subjective. Il faut toujours se plier à la direction indiquée.

Erreur N° 2 : croire la boussole mais corriger instinctivement. Cela se produit lorsque, devant choisir entre une petite déviation à gauche ou à droite pour progresser dans les taillis, on choisit systématiquement le « à droite » ou le « à gauche ». Chacun est droitiste ou gauchiste sans le savoir. Il faut donc bien équilibrer les déviations et reprendre très souvent l’azimut. En général au bout de vingt mètres on a perdu la direction. Avec l’habitude on reprend la direction juste en tournant la main qui tient la boussole sans tourner tout le corps mais ça c’est pour les Kékos. Le véritable secret de l’azimut c’est de prendre très souvent la visée. Car le savez-vous ? Le meilleur homme des bois livré à lui–même TOURNE EN ROND dans la forêt (si le soleil est caché). En 30 mn il a accompli un cercle parfait en tournant vers la gauche ou vers la droite, pourtant persuadé d’être allé tout droit. Il faut donc se raccrocher en permanence à la boussole et croire à la stabilité du magnétisme terrestre encore plus fortement qu’à intemporalité de Dieu.

Contournement d’obstacle : Lors d’un contournement d’obstacle (étang, champs), il faut prendre un bon point de repère de l’autre côté de l’obstacle afin de pouvoir contourner cet obstacle en toute tranquillité. Il vaut mieux prendre quelque chose de vraiment  repérable même si ce n’est pas dans l’axe, on corrigera ensuite. Un arbre parmi d’autres, et vu de loin, n’est pas un bon repère sauf s’il s’agit d’un sapin parmi des chêne. Si on ne trouve pas, on envoie un scout de l’autre côté. Il se positionnera de l’autre côté de l’obstacle et vous servira de point de repère. Soit vous le guidez, soit il prend une boussole et il s’assure qu’il est bien placé par rapport à vous en vous visant avec sa boussole mais avec l’aiguille blanche du sud et non la rouge du nord. Vous avez compris qu’il faut choisir un scout assez intelligent pour cette opération.

Ordre de marche : Lorsqu’on marche en patrouille à l’azimut, il faut que le topographe soit nettement  en tête. Ce dernier peut alors s’arrêter pour prendre son azimut sans bloquer tout le monde. Chacun comprend que, pour garder le même rythme que ceux qui suivent,  le topographe devra trottiner entre les fréquents arrêts pour reprendre la visée. Le topo s’occupe de tracer la voie, en ne ménageant pas sa peine. Les autres derrière peuvent le suivre à « l’économie », c’est beaucoup moins fatigant. Le topo peut se faire accompagner d’un novice pour l’initier à l’azimut. Il faut cependant qu’il garde bien le contact visuel avec le reste de la patrouille. Le CP contrôle de temps en temps la route et gère la bonne marche de la patrouille. Il faut rester silencieux afin de pouvoir surprendre des animaux et ne pas se faire repérer par les visages pâles.

Suivre un azimut à l’aveuglette, sans carte, n’est pas très intéressant. C’est pourquoi Le topographe prendra soin d’identifier sur la carte tous les obstacles rencontrés sur son azimut. Cela lui permet de corriger sa route s’il dévie et ça lui permet de vérifier sa position en permanence. La carte est juste une aide. Si on a décidé de suivre un azimut, il ne s’agit pas, à la première difficulté rencontrée, de continuer sur un chemin, une route ou la bande d’arrêt d’urgence de la voie rapide.

De temps en temps, le topographe jettera un regard sur sa montre pour avoir une idée de la distance parcourue. En forêt, il faut compter 3 km/h pour les scouts et 2,5 km/h pour les guides. Un azimut de 2 km qui dépasse deux heures ce n’est pas normal. À ce moment, il ne faut pas jouer au bourrinos maximos, voire au crétinos maximorum. Poser son sac, étaler la carte et réfléchir. Le champ magnétique terrestre étant stable c’est forcément autre chose qui a cloché. (On est parti à l’envers, l’azimut fut mal calculé, le cadran est mal réglé).

Suivre un azimut est assez fatiguant physiquement et éprouvant pour les nerfs car on a toujours l’impression de se perdre dès que les repères font défaut. Mais, alors que la nuit tombe et que le vent se lève, quelle satisfaction lorsque, en s’extirpant d’un fourré ou en sautant lourdement un fossé, se dévoile soudain le calvaire que la patrouille devait atteindre. L’intendance du bivouac est là quelque part, astucieusement planquées par le chef.

 Comprendre le relief et les cours d’eau

Dans l’orientation il n’y a pas que l’azimut, bien heureusement. Bien sûr nous ne voulons pas parler ici des autoroutes, ni des nationales… ni même des sentiers. Il existe trois types de cheminements qui apparaissent clairement sur les cartes et qu’il est très facile de suivre.

Le talweg

Talweg (aussi écrit thalweg) signifie en vieil allemand le chemin de la vallée. C’est un cheminement très simple à suivre, c’est sur le terrain suivre le point le plus bas entre deux versant. C’est là que se rassemblent les eaux de pluie et par le fait il y a souvent un ruisseau ou une rivière. Lorsqu’il faut progresser, c’est un axe auquel il faut penser car il mène très sûrement là où l’on souhaite aller. Mais attention, il est conseillé de le descendre de préférence car il est impossible de se tromper en le descendant, en effet un talweg existe rarement seul il fait partie d’un réseau de talwegs qui peu à peu se rassemblent. (Tous les ruisseaux mènent à la mer). En remontant les talwegs on peut se tromper d’embranchement assez facilement alors il faut être très vigilant. En marchant dans un talweg on marche entre deux versants de deux monts (ou collines) différents.

La crête

La crête est le cheminement naturel inverse du talweg. La crête est le point de séparation des eaux. De chaque côté de la crête, la pluie tombe soit sur le versant gauche, soit sur le versant droit. En suivant La ligne de crête on marche entre deux versants d’un même mont (ou colline). En remontant une crête on arrive nécessairement à un sommet. C’est le chemin qu’on doit privilégier à la montée pour deux raisons : la première c’est qu’en remontant les crêtes se rassemblent peu à peu, on ne alors peut pas se tromper (à l’inverse du talweg). La deuxième raison c’est que la crête est très souvent la progression directe la moins raide pour atteindre un sommet. Ceux qui ont parcouru les Tunturit en Laponie ont pu suivre ces cheminements naturels avec l’immense avantage de voir les toutes formes du relief alentour. La même progression en terrain boisé n’offre pas cette possibilité mais le fait de monter ou de descendre est très perceptible et il n’y a pas besoin de voir très loin pour choisir la voie qui monte le plus ou celle qui descend le plus. Il n’est pas forcément nécessaire de suivre exactement le talweg ou la crête, on peut les suivre à flanc de coteau sur une progression parallèle. Le tout étant de ne pas perdre le contact visuel avec cette crête ou ce talweg. carte talweg crete

Si on prend l’habitude de tracer des itinéraires en mixant, des tronçons de chemins, des bouts d’azimuts, des talwegs (principalement en descente) et des lignes de crête (principalement à la montée, on se réserve des randonnées intéressantes qui vont nous permettre de découvrir une foule de choses. Bien souvent les découvertes insolites se nichent sur les crêtes ou dans les talwegs. Ceux qui ont compris pourraient faire remarquer que souvent les chemins empruntent les talwegs, pour les crêtes c’est moins fréquent.

la courbe de niveau

la courbe de niveau est exactement à mi-chemin de la crête et du talweg. En suivant une courbe de niveau on marche sans monter ni descendre, on reste toujours au même niveau. C’est un peu plus technique que les deux autres lignes mais c’est assez efficace. En terrain vallonné, souvent les routes mais surtout les voies ferrées de l’ancien temps carte réseau talweg creteempruntent les courbes de niveaux. Pendant une progression en plein bois choisir de suivre la courbe de niveau c’est refuser de monter et de descendre. Souvent l’œil a du mal à choisir car il est abusé par la pente générale. En revanche les jambes sentent immédiatement si ça monte ou descend il faut donc se fier à elles. Visuellement je pense qu’il faut aller par-là, j’y vais. Houlà ! Mes mollets me disent que je monte. Hop, je corrige dans le sens de la descente. Et je surveille en permanence un peu comme pour l’azimut qu’on reprend en permanence. L’avantage de la courbe de niveau est d’aller d’un point d’une colline à un autre sans grimper au sommet puis être obligé de redescendre, ni dégringoler dans la vallée pour remonter ensuite. Un autre avantage de ces courbes de niveau c’est qu’elles sont dessinées sur la carte il est donc assez facile de les considérer en itinéraire.

Nous voilà donc armé de cinq possibilités pour imaginer des itinéraires intelligents et les suivre avec intérêt :

–      le chemin  –      l’azimut   –      la crête   –      le talweg  –      la courbe de niveau.

Maintenant ceux qui ont vraiment suivi, imaginé, visualisé ces propos seraient en mesure de faire une remarque. (surtout ceux qui ont vaincu le Sokosti)… en suivant une ligne de crête vers le sommet, on peut être amené à descendre… Eh oui ! en cas de col.

Bien comprendre les formes du terrain est absolument capital pour se repérer sûrement. Les éléments du terrain ne changent quasiment pas : les rivières restent en place, les pentes également, tout comme les talwegs et les crêtes. En revanche les chemins se ressemblent et peuvent changer de place. Dans les régions forestières, il n’est pas rare que le dernier cheminement du débardeur devienne le nouveau chemin. Il est facile de vérifier qu’en suivant tel chemin, la pente doit se trouver à main droite (ou à main gauche). Quel que soit le mode de progression, on vérifie fréquemment avec la carte et la boussole que le terrain est conforme à ce que l’on doit trouver. Si ce n’est pas le cas on s’arrête, on réfléchi, on cherche et assez rapidement on découvre son erreur grâce aux formes du terrain.

 

Les signes de la carte

La carte au 50 000 ou au 25 000 est une mine de renseignement et bien peu savent l’exploiter. Il est pourtant très simple de se plonger dans l’étude de la légende qui rassemble tous les signes présents sur la carte. J’avoue qu’après 50 ans de scoutisme il m’arrive encore de consulter cette légende pour y découvrir la signification d’un symbole que je n’ai encore jamais rencontré. Mais avant de connaître tous les symboles topographiques il faut se garder de plusieurs erreurs graves.

carte légende 1Première erreur : confondre limite de commune, de canton, d’arrondissement ou de département et chemin. Ceux qui ont fait ce genre d’erreur, qui les a immanquablement égarés, auraient pu s’éviter ces déboires par un simple coup d’oeil à la légende. Une erreur plus pernicieuse consiste à prendre une limite de commune pour une haie. C’est d’autant plus tentant que cette limite de commune suit généralement le contour des champs et vraiment sur la carte c’est parfois difficile de faire la distinction.

Deuxième erreur : confondre église et cimetière. Le cimetière est un polygone avec une ou plusieurs croix dedans (suivant sa taille). L’église ou la chapelle c’est un cercle surmonté d’une croix. Lorsque le cimetière est petit, la croix interne occupe toute sa superficie et on le confond avec l’église. L’église ou la chapelle possède toujours un rond. Combien de patrouilles ayant RDV à l’église pour ravitaillement sont arrivées à l’heure au cimetière qui ne se trouve pas souvent au même endroit.

Dernière erreur de pékin : prendre les lignes d’énergie pour des chemins ou des limites administratives. Pourtant ces lignes d’énergie sont facilement identifiables, elles comportent de petites flèches (sur la carte). Bien qu’elles aient plutôt tendance à enlaidir le terrain, elles sont pratiques pour l’orientation car elles restent presque toujours visibles même dans les bois car elles passent en larges trouées.carte légende 2

Lire la carte.

Jusqu’à présent nous avons utilisé la carte comme un instrument, un outil. Mais la carte c’est bien plus que ça. La carte c’est la description très précise d’une région. Évidemment il n’est pas possible de distinguer le style des maisons ni le fumet des plats régionaux mais on y lit la forme des cours d’eau, des lacs, on y découvre le réseau des chemins, les vallées, les vallons, les collines, les escarpements, on y découvre les moulins, les châteaux, l’organisation des villages. Et puis y sont écrits en toutes lettres les noms des lieux, des villages, des bois, des monts et des plaines. Une carte ne se regarde pas, on dit lire la carte ou étudier la carte et c’est exactement ça, . Il y a beaucoup plus d’informations dans une carte que dans un livre. Et lorsque nos yeux s’y portent on doit voir le paysage et le terrain au-delà des signes et des symboles, au-delà des lignes et des couleurs. On doit sentir la fraîcheur de ce petit ruisseau des bois, entendre le vent qui mugit dans ce col. Percevoir déjà les caillasses rouler sous nos pieds, flairer l’humus de la forêt après la pluie. On doit déjà éprouver le terrain et y vivre en esprit. Il faut déjà imaginer les folles poursuites des jeux au milieu des ajoncs et des broussailles. On doit déjà ressentir le poids du jour et apprécier l’amitié du bivouac autour du feu. La carte c’est l’avant-goût du camp, ce doit être le livre de chevet du scout au moins 3 mois avant le camp. Et surtout, nous qui avons la chance d’être Français nous avons aussi la chance d’avoir les meilleures cartes, les plus harmonieuses et les plus lisibles. En France, les sciences géographiques et topographiques ont été peaufinées depuis plusieurs siècles grâce à nos explorateurs, nos colonies à policer mais aussi à cause des nombreuses guerres sur notre territoire.

Question pour un champion

Sur la carte des Andelys un peu à au nord du méandre de la Seine on trouve une source et un peu en aval un point  comme ça  – Ο – ( noir) et il est écrit : Bélier. Qui sait dire ce que cela signifie et ce qu’on devrait trouver sur le terrain ? Réponse cachée dans ces pages.n trouvera aussi la réponse dans le roman de François VILLARS « La Fugue de Verdun » qui sera disponible en novembre 2015

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2 réflexions au sujet de « Topographie / Orientation »

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