les 3 camps

 

baden_powell_portrait - CopiePar Lama.

Lorsqu’il est bien mené par les chefs, le jeu scout, le grand jeu de la méthode scoute, se donne pour but l’apprentissage par les jeunes de la vie en société. Le scoutisme fonctionne car il met en œuvre des « moteurs » qu’on peut également appeler « motivation interne » pour les adolescents. (pour rappel, ces moteurs sont : Aventure, esprit de bande, engagement, techniques scoutes et responsabilités).

C’est ainsi que la méthode scoute rend facile et gratifiant cet apprentissage de la vie en société. Le jeune apprend des autres jeunes auxquels il se frotte grâce à son insertion dans la bande. Il apprend également par ses chefs qui sont à peines plus âgés que lui. Le jeune les reconnaît et les écoute car ces chefs sont exactement dans la même aventure que lui-même et c’est cela qui rend cet apprentissage facile et désirable. En outre, les diverses actions à réaliser doivent se trouver à la portée de l’adolescent ou de l’adolescente. Ni trop faciles, ni trop difficiles. Pour cela les plus grands doivent être proches ; ils ne sont pas des juges ou des censeurs mais des meneurs de jeu. Ce sera facile pour les Chefs de patrouilles qui sont encore à fond dans le jeu mais c’est également valable pour les chefs d’unités qui, tout en ayant appris un peu de théorie et les notions réglementaires, continuent de « s’éclater » dans le jeu scout. Il faudrait se pencher sur ces attitudes de chefs qui en disent long, il faudrait sonder longuement l’abîme qui sépare un « Chef » et un « gérant ». Le meilleur signe que la méthode pédagogique est bien menée par un bon chef qui a compris la méthode c’est que l’exercice est véritablement un jeu. Et un bon jeu se reconnaît par la joie débordante qui en résulte.

camp_scout_okCependant, pour les chefs, jouer intelligemment le jeu scout demande d’avoir bien compris la méthode. En outre il faut entièrement accepter l’esprit scout (résumé dans la loi scoute) et en vivre quotidiennement. Enfin, il faut savoir diriger et entraîner tout en ayant gardé son âme d’enfant.

Pour le fonctionnement d’une unité scoute, placer la barre trop basse, c’est dériver vers le style Hippy et dans ce cas l’enfant s’ennuie. Il en vient rapidement à mépriser ses chefs. La barre au contraire est-elle placée trop haut, c’est la dérive vers le caporalisme, ou le mythe. L’enfant est dégoûté et le chef apparaît comme un tyran. C’est ainsi que tous les camps de scoutisme peuvent se classer en trois styles différents.

–          Le véritable camp scout
–          Le camp de vacance
–          Le camp de prisonniers

Le véritable camp scout

Le véritable camp scout reproduit fondamentalement les 5 dimensions qui conditionnent l’existence réelle et active de la petite société d’adolescents lancés dans la même aventure. L’intérêt des jeunes est constamment maintenu en éveil par le fonctionnement intelligent des 5 moteurs. Même s’ils sont loin de la perfection, ces camps se distinguent par l’activité et la joie. Nous n’allons pas les décrire ici, il faudrait se reporter aux pages sur les 5 dimensions et les 5 moteurs et essayer de bien les comprendre. Il sera sans doute plus facile de comprendre les deux déviations pour ne pas les reproduire : « pas assez » – Camp de vacances ou « trop » – Camp de prisonniers.

Le camp de vacances

camp_vpLe camp scout de type camp de vacance se caractérise par le « réglage » inapproprié de plusieurs paramètres. Tout d’abord, l’activité technique est faible, il n’est pas spécialement demandé aux enfants un effort pour une compétence au service de l’activité.

Activité et non pas aventure. L’activité, proposée n’est pas l’aventure, on propose à l’enfant de se divertir avec une activité réputée ludique. Comme l’investissement de soi-même est faible, la joie qu’en retire l’adolescent est en proportion. Très vite cette activité ludique lasse puisque aucun effort n’a été fourni pour lui donner de la valeur. Heureusement, la bande de copain est là et c’est elle qui souvent réussit à donner un certain attrait à l’activité : on fait quelque chose ensemble.

Des droits et peu de devoirs. L’enfant reste souvent libre d’adhérer ou non aux activités. Son désir et son inclination passent toujours avant le bien commun et les obligations qui en découlent. Il en résulte nécessairement que la vie en société devient difficile, morcelée, éclatée. Car c’est l’activité commune, l’effort partagé qui créé des liens solides et véridiques. Cette caractéristique du laisse-faire, laisser-choisir s’applique à presque tous les éléments du camp : horaires, tenues, activités, uniformes, propreté etc.

Faible dénominateur commun. En même temps que l’enfant participe ou non aux activités, il adhère ou non aux valeurs du groupe. Son libre arbitre et son ressenti priment sur la loi et les principes. Cela vaut également pour les devoir religieux et l’adhésion à l’idéal scout résumé dans la loi. En ces domaines, les chefs pensent alors que le principal pour les jeunes est de rester sincères et de ne jamais se forcer ou être forcé à quoi que ce soit.

Avec de tels principes, c’est le mât central avec la loi qui flottait en étendard que l’on abat. Le système de commandement n’est plus qu’un organe administratif et la vie de la société scoute du camp ressemble davantage à un village de vacance où chacun fait ce qu’il veut dans son bungalow, fréquente ceux avec lesquels il se sent provisoirement des affinités et dans lequel les gentils animateurs proposent des activités prêtes à consommer mais seulement à qui veut bien.

Le résultat est prévisible, on laisse se façonner des personnalités individualistes, profondément égoïstes, sans persévérance, avec des convictions de girouettes. Nous sommes loin des 5 buts que s’assignait le scoutisme

Le camp de prisonniers

Ce type de camp se rencontre très souventgoulag pour des unités (filles ou garçons) qui affichent un attrait exacerbé pour l’uniforme et la parade ; la « tradition » tient une très grande place et en son nom, que d’absurdités sont commises. Dans ce type de camp, à l’inverse du « camp de vacance », la maîtrise impose et contraint et tous doivent suivre le mouvement. L’idéal scout semble accentué et quasiment divinisé. Mais à y regarder de près, quelque chose cloche vraiment du côté de la maîtrise et tout le camp s’en trouve corrompu. Voici de manière abrégée ce qui se passe dans ce type d’unité.

Maîtrise incompétente, accro à la frime. Bien souvent la maîtrise n’est pas du tout au niveau technique et elle impose aux patrouilles des contraintes qu’elle-même est bien incapable de respecter. Ainsi par exemple voit-on au cours de l’évaluation des installations, des chefs sauter sur les tables des patrouilles pour en vérifier la solidité. Au Krâal il n’y a pas de table parce qu’on ne sait pas en construire ou alors « on n’a pas eu le temps ».

La maîtrise n’est pas dans l’aventure. Elle se trouve là en gestionnaire du camp avec l’intention non affichée mais réelle de prendre un peu de bon temps. Pour chaque activité il faut pourtant qu’il y ait l’un des membres de la maîtrise qui s’y colle. Ce manque d’adhésion est immédiatement perçu par les jeunes.

Principe de privilèges. Cette situation est le résultat de l’établissement sournois d’une société scoute non point basée sur le mérite mais sur les privilèges. Ces privilèges se gagnent à l’ancienneté, à la résignation et à l’acceptation du système (ou plutôt à sa non dénonciation). En clair, plus on est chef et plus on a de privilège. Privilège de ne plus faire la vaisselle, celui d’avoir la plus grosse part, d’être servi le premier, de critiquer et juger, de ne pas être compétent etc.

Population captive. Mais comment donc trouve-t-on encore des adolescents pour peupler ces unités dans ces conditions ? Très simple, il d’agit d’une population captive, le mouvement est tellement recommandé par la paroisse (ou équivalent) qu’il est mal vu de n’en pas faire partie et qu’il est encore plis mal vu de critiquer. Ou bien ce sont les parents qui sont d’anciens scouts et qui n’imaginent pas un seul instant que cette unité ne pratique plus du scoutisme authentique ; la troupe ou la compagnie présente vraiment si bien, les uniformes sont impeccables et les chefs semblent tellement exigeants !

En résumé :

–          Maîtrise de faible compétence, mais accro à la frime
–          Des gérants ont remplacé les chefs authentiques, l’aventure s’est évanouie
–          Établissement de privilèges attachés à la hiérarchie
–          Population plus ou moins captive.

Tous ces mauvais points se tiennent et se renforcent mutuellement pour amplifier la déviation. Voici alors ce qui se passe généralement au camp. Tout d’abord, d’une manière générale la maîtrise impose des contraintes qu’elle ne respecte pas elle-même et peu à peu les chefs passent pour des tyrans. Ainsi par exemple la maîtrise juge très sévèrement les installations des scouts sans être elle-même capable d’en réaliser qui pourraient servir de référence. Un autre exemple réside dans la « sanctuarisation » du Kraâl. Cela devient un lieu tellement mythique que les scouts ne peuvent y pénétrer. Les véritables raisons de cette sanctuarisation sont lamentables. D’abord il n’y a pas de Kraâl, et ce qui en tient lieu, la tente ou la bauge des chefs est tellement en désordre qu’il n’est pas question que les scouts voient ça. Ensuite c’est au Kraâl que sont stockés les « privilèges » de la maîtrise : alcool, MP3, téléphones, gâteaux, nourriture pour le  5ème etc.

En deuxième point, ces chefs qui sont en réalité des gérants ne sont pas du tout investis dans l’aventure. À la première occasion, lorsqu’ils sont débarrassés des scouts, ils retrouvent la « vraie vie », celle qu’ils ont quittée pour venir gérer ce camp qui les barbe un peu. Cela est rendu possible grâce à la voiture du camp pour l’intendance ou celle de l’aumônier. Cela commence donc par des virées hors du camp. C’est ainsi que pendant l’explo on retrouve ces maîtrises au restaurant ou au cinéma ou dans n’importe quel endroit où les scouts auraient interdiction formelle de se trouver.

En troisième point, comme l’incompétence affaiblit l’autorité naturelle, celle-ci a besoin de se trouver renforcée. C’est le système des privilèges qui s’en charge. Chaque mauvaise troupe déploie beaucoup d’imagination en ce domaine. L’abus d’autorité le plus courant, se trouve réalisé dans ce qui est appelé le 5ème. Il s’agit du 5ème repas de la journée. Pddm, midi, goûter, dîner pour les scouts et « 5ème » en plus pour la maîtrise après que les scouts sont couchés. On se sert des boissons alcoolisées ou non, des gâteaux ; bref on « vit vraiment » sans les scouts, en se libérant des contraintes du camp. Encore plus répandu : la maîtrise s’octroie un autre privilège : ses membres ne paient pas le camp, il ne paient même pas la nourriture qu’ils consomment ; normal, on se barbe à venir gérer ce camp, alors on ne va certainement pas payer pour ça, on est déjà bien bons de se priver de « vraies vacances ». Et d’ailleurs, ce 5ème pris sur le dos des scouts et sur la bourse des parents est un dû (mais évitons d’ébruiter tout ça). En poursuivant, l’incompétence réduit les possibilités de véritables aventures ; la maîtrise va donc meubler le camp au maximum avec des activités réputées formatrices. Au menu nous avons donc dans l’ordre chronologique de la journée : dérouillage commando ou un membre de la maîtrise épuise les jeunes pendant presque une heure. Ensuite longue prière en uniforme, messe quotidienne, debout, à jeun. Multiplication des événements en uniforme impeccable au cours de la journée. Longue inspection qui comporte son lot de brimades. Parfois chapelet à genoux, toujours en uniforme impeccable. Souvent sont organisées des « sioules » qui ne demandent aucune préparation et qui laissent fréquemment des blessés sur le terrain. Une fois retiré les temps de repas et des activités associées, il reste peu de temps sinon plus du tout pour la véritable aventure.

Devant tout ceci, comment réagit la troupe ? La troupe est composée de membres captifs qui vont réagir comme des captifs, ils vont s’adapter et adopter le système qu’ils ne peuvent réformer. Il faut distinguer trois types de réaction suivant la personnalité des scouts. Les profiteurs comprennent le système et tâchent d’en tirer avantage, ils copient et devancent même l’attitude des chefs dans le but non avoué de profiter au plus tôt des privilèges. Les veules ne sont pas heureux mais ils suivent sans rien dire, certains parlent entre eux mais se taisent devant les chefs et les profiteurs. Enfin les révoltés ouvrent leur bouche de temps en temps, ils se font alors sévèrement punir et même virer de la troupe ou de la compagnie.

On voit alors se dessiner la structure d’un camp de prisonnier : le chef d’un camp de prisonnier est bien souvent un incompétent ou alors un chef qui ne peux plus commander au front sinon il y serait à diriger une unité combattante. Bien souvent ce « mauvais chef » se la joue « super frime » pour maquiller et masquer son incompétence. Par ailleurs il sera dur, très dur,  ainsi qu’excessivement tatillon sur la discipline pour bien assurer son autorité et se prouver qu’il est quelqu’un. Parmi les prisonniers se trouvent les inévitables profiteurs qui épousent le système du camp. Ils dénoncent les autres détenus et flattent les chefs. Ils accomplissent les basses œuvres en échange de privilèges, ils se font les fidèles relais de la maîtrise et renforcent ce déplorable système autant qu’ils le peuvent. Le gros de la troupe des prisonniers subit le système mais le cœur n’y est pas, ce sont les veules. Aussitôt qu’ils le peuvent, ces scouts vont « s’évader » pour vivre les petites aventures qu’ils sont capable d’imaginer. Ils bravent les consignes du camp tout en faisant semblant de les appliquer. Ainsi s’organisent de petites réunions où l’on baffre, où l’on fume, où l’on fait tout ce que la direction du camp se réserve à elle-même mais qu’elle interdit formellement aux prisonniers. Malheureusement les profiteurs sont là pour dénoncer ces « évasions ». Enfin il y a les fortes têtes qui craquent à un moment ou à un autre. Le châtiment le plus doux c’est le block mais, en camp de prisonnier, le plus souvent c’est l’exécution. En mauvais camp scout c’est la cour d’honneur (ou plutôt du déshonneur) et, si le rebelle rentre dans le rang, une vilaine brimade. Autrement, si le rebelle ne veut pas reconnaître ses erreurs, c’est l’exclusion immédiate. Avec l’exclusion  il faut ajouter l’honneur sali afin de rendre inaudible une éventuelle dénonciation par ce rebelle des agissements de la maîtrise.

On pense que tout ceci est exagéré ? Malheureusement des dizaines et des dizaines d’exemples avec des lieux et des noms pourraient être cités mais bien sûr cet article n’est pas là pour ça. Cependant, qui sait, il n’est pas impossible qu’un jour tous ces mauvais exemples soient rassemblés pour servir de base à un roman scout passionnant.

Il est bien évident qu’avec de tels fonctionnements, on obtient exactement l’inverse des 5 buts du scoutisme. Le système de la véritable société en miniature qui fonctionne pour le bien commun est remplacé par le système carcéral de temps de guerre qui fonctionne pour le bien être des chefs. Les profiteurs apprennent l’hypocrisie et le pharisaïsme. Les veules apprennent à devenir des tricheurs et des dissimulateurs. Les rebelles pourraient en réchapper s’ils étaient « exécutés » assez tôt et donc exclus, éjectés de ce système perverti mais en général ils deviennent des révoltés et il n’est pas rare que parvenus à l’âge adulte ils envoient tout balader pour se libérer de ce bazar qui les a fait souffrir.

Plus tard, profiteurs et veules associés reproduiront ce lamentable système carcéral lorsqu’ils seront chefs à leur tour. C’est un mécanisme similaire qui fait que les enfants battus battent à leur tour leurs propres enfants.

Un camp heureux = un bon chef

Il positivement impossible de terminer sur une note si pessimiste, les vrais camps de scoutisme existent en nombre. On les reconnaît immédiatement à la joie des jeunes, à la joie des chefs ; ce sont des camps heureux. Peu importe le niveau technique de l’instant, peu importe l’apparence ou l’uniforme de ces unités, tout ceci évoluera peu à peu dans le bon sens grâce aux 5 dimensions et aux 5 moyens. Un bon chef, voici le plus grand des biens pour une société sur la terre

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2 réflexions au sujet de « les 3 camps »

  1. Il y a quelques autres exemples qui montrent clairement l’esprit qui régnait dans nos camps : les siestes sont des moments importants dans la journée des guides, un camp en plein air étant toujours bien fatiguant, sainement fatiguant. Mais ce moment, au lieu d’être laissé assez libre, était très surveillé : quand c’était au camp, il y avait souvent la ronde d’une cheftaine pour voir si nous étions toutes couchées. Quand c’était en grand jeu, nous devions nous coucher toutes au même endroit et les cheftaines vérifiaient si nous fermions bien les yeux.
    Dans un camp de louvettes-louveteaux, cela peut se justifier mais quand on a une quinzaine d’années, on n’apprécie pas toujours!
    Et puis en grand jeu, quel moyen efficace pour faire disparaitre l’ambiance spéciale du jeu!
    Justement le grand jeu était très révélateur de cet état d’esprit de prisonniers. Dans un grand jeu il arrive souvent que les différentes équipes qui jouent les unes contre les autres voient apparaitre un élément inattendu, qui vient de l’intervention des chefs. Ces interventions là existaient très souvent dans nos grand-jeux et elles étaient toujours désagréables. Comme si les cheftaines voulaient faire perdre celles-ci pour favoriser celles-là (peut-être était-ce juste pour rééquilibrer les points après tout?!)
    Dans tous les cas ce n’était jamais bien perçu car pris dans un ensemble où l’on finissait par voir dans nos chefs nos ennemis, et pas juste pour rire à cause du jeu, je vous assure.
    Sinon comment expliquer cette hargne et cette animosité qui nous poussait à nous liguer toutes contre elles à la fin des jeux et à les tabasser de belle façon? Au début où l’on est encore dans le cadre et l’élan du jeu, on le fait sans réfléchir, puis quand on se rend compte de ce que l’on fait, on finit par s’arrêter par respect pour l’autorité, par habitude, peut-être par vertu- heureusement pour elles!
    Conclusion
    Vous me demanderez: dans de telles conditions, pourquoi as-tu continué à aller dans cette compagnie?
    Tout d’abord, je ne m’étais jamais dit que ce camp n’était pas un camp normal.
    Comment le savoir si on n’a pas vécu autre chose?
    Je me disais que le malaise que je ressentais était uniquement dû au fait que le caractère des chefs ne m’était pas sympathique et qu’elles étaient un peu trop autoritaires alors que c’était un problème de méthode et donc beaucoup plus grave.
    Je ne m’en suis aperçu que plus tard, en devenant assistante dans une autre compagnie à l’esprit bien meilleur. Je suis restée donc malgré les côtés désagréables parce qu’il restait quand même quelque chose dans ce scoutisme déformé qui me plaisait : la vie au grand air, même dans des installes pas très élaborées, l’idéal scout avec la promesse restait encore très attirant, la joie de porter un uniforme et peut-être aussi l’amour du chant qui était très en vogue là-bas.
    (on apprenait de manière scolaire quelquefois 2 chants par jour).
    J’espère que mon témoignage sera utile pour que ces bêtises ne recommencent pas.

  2. Jusqu’à lire cet article, je me croyais trop sévère. Mais je vois bien maintenant que les camps de guides par lesquels je suis passée correspondent bien au « camp de prisonniers » type, avec quelques adaptations dues au caractère féminin des cheftaines.
    Je ne voudrais pas que l’on puisse croire que je raconte mon histoire par pure délation. Ce n’est pas le mobile qui me pousse à écrire mais bien le désir que ce que j’ai vécu ne soit reproduit nulle part.
    Le signe le plus évident que nous n’étions pas dans un camp scout normal était l’atmosphère du camp. Il y avait de la contrainte; contrainte uniquement psychologique bien sûr.
    Le courant ne passait pas entre les guides et les cheftaines. Volontairement de la part des premières : pour bien nous faire sentir QUI était le CHEF. Alors que les guides doivent considérer les cheftaines comme des grandes sœurs à qui elles peuvent confier leurs inquiétudes etc…
    Nous nous ne sentions pas aimées mais surveillées. Nous n’aimions pas les recevoir à notre table du midi ou du soir (nous n’avions jamais de repas seules en patrouille, le matin c’était en compagnie). Elles ne savaient pas se « couler » vraiment dans la patrouille.
    Alors nous étions forcément un peu fausses avec elles. D’autant qu’elles nous avaient fait comprendre qu’on y avait tout intérêt. Je m’explique:

    1) Gagnait le camp la patrouille qui gagnait le flot honneur; non pas celle qui gagnait le plus de flots. Le flot honneur n’était pas qu’une récompense de fin de camp. Tous les matins elles nous disaient qui avait mérité l’honneur de la veille.
    Cela nous semblait souvent arbitraire et ne correspondait pas dans la réalité à la patrouille qui avait le mieux vécu l’idéal scout, dans la progression de chaque jour de chacun de ses membres. On finissait, pour gagner l’honneur, par privilégier ce qui semblait être la clef pour gagner le camp : bref l’apparence.
    Ne pas oublier un seul bouton d’épaulette, avoir un foulard IMPECCABLEMENT roulé et zéro tache sur la chemise d’uniforme (on devait changer de tenue facilement 5 fois par jour), arriver les 1ères aux rassos, et tant pis pour les dernières de patrouille qui n’avaient pas fini de nouer leurs chaussures : « dépêche-toi, à cause de toi on va manquer l’honneur », et on éprouvait de l’ennui d’avoir une telle fille dans sa patrouille.
    Bref, on s’éloignait dangereusement de l’esprit scout.

    2) A la fin du camp ont généralement lieu les Cours d’Honneur (CDH) où les chefs étudient avec la guide sa progression durant le camp, ses objectifs etc… et reprennent ou encouragent. Il faut croire que les guides, dans nos camps, ne méritaient que des reproches : elles ressortaient toutes en pleurant. La cour d’honneur était crainte.
    Personnellement, impossible de pleurer, elles avait réussi à me faire de moi même un portrait exactement opposé à mes défauts et qualités que l’on me reconnaissait d’habitude.
    N’aurait été le décorum impressionnant et intimidant, je me demande s’il n’aurait pas fallu en rire.

    3) les explorations étaient généralement attendues avec impatience. Mais les cheftaines ne laissaient quasiment pas de liberté de manœuvre. Tout semblait déterminé à l’avance : le trajet exact, l’endroit où on devait dormir, et surtout on devait ramener un cahier qui était trop exigeant : 3 croquis topo, 3 croquis pano minimum, compte rendu, un herbier, et une foule de choses comme un chant à composer sur nos aventures. Encore fallait-il avoir eu le temps d’en avoir, car nous avions à peine le temps de réaliser tout ce qui était demandé.
    D’où le manque d’inspiration qui était à l’origine de chants pas toujours très rigolos!
    A suivre…

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