La Cour d’Honneur

baden_powell_portrait - CopieLa cour d’honneur est un élément essentiel du scoutisme, elle a été identifiée par BP comme faisant partie des 15 points fondamentaux de la méthode. la CDH est classée avec le CDC (Conseil Des Chefs) dans la dimension du scoutisme qui explique le système de commandement d’une troupe ou d’une compagnie. Cependant autant le CDC est simple à comprendre et à jouer, autant la CDH est plus difficile à cerner et donc à bien utiliser. C’est pourquoi d’ailleurs on note de si nombreuses déviations graves que se permettent les chefs qui ne sont pas à la hauteur de leur tâche.

Définition de la CDH par BP

Le CDC est l’organe habituel de commandement de la troupe, la CDH est l’organe extraordinaire de ce commandement. Elle touche non pas le quotidien et le pragmatique mais l’intemporel et les principes. BP a stipulé que la CDC devait se réunir chaque fois que l’honneur de la troupe était en jeu. Habituellement on trouve les cas suivants :
–       Mauvaise action publique d’un des membres de la troupe (scout, groupe de scouts, patrouille, groupe…)
–       Acte glorieux ou héroïque d’un des membres de la troupe
–       Admission à la promesse de nouveaux scouts, première classe, progression…
–       Choix vraiment importants de la troupe dans des domaines divers.

La réalité des CDH dans les troupes

Malheureusement les CDH dans les troupes ne suivent pas du tout ces directions pourtant très claires. Les CDH pour les futurs promettants sont relativement bien respectées. Les CDH disciplinaires sont transformées en tribunaux avec sentence prononcée à l’avance et accusé sans avocat et sans droit de défense. Les troupes ne font plus d’actes remarquables et ces CDH-là n’existent plus. Les orientations importantes de la troupe sont décidées la plupart du temps par un chef de groupe autoritaire qui se passe de CDH. En revanche ont été « inventées » les CDH de début de camp et de fin de camp. Je pense que presque tous les chefs ou cheftaines d’unités vont reconnaître leur façon de vivre les CDH dans cette brève description.

Ce qu’il faut supprimer

La revues de début et de fin de camp
Le tribunal révolutionnaire

La CDH (inventée) dite « de début et de fin de camp »

ces CDH inventées prétendent faire le bilan garçon par garçon avant et après le camp pour décider de sa progression. Comme si on pesait les adolescents. L’idée n’est pas mauvaise en soi mais elle est mal exécutée et dévoyée dans sa finalité et enfin ce n’est là matière à CDH.

Un bilan pré-camp est intéressant mais il faut le faire avec toute la patrouille et non pas individuellement. Il n’est pas bon de placer ce bilan tout au début du camp, tout le monde a des tâches importantes et tant que tout n’est pas lancé les esprits ne sont pas ouverts. Attendons le premier ou le deuxième jour des installations et le CT se déplacera dans la patrouille qu’il surprendra au travail. Les scouts viendront comme ils sont et la réunion durera entre 30 et 40 mn PAS PLUS. Le chef qui devrait bien connaître tout le monde s’enquerra des projets d’installes, des charge,s des tâches, du rôle de chacun et fera parler les plus jeunes en les forçant à dire ce qu’ils pensent et qu’ils ressentent vraiment. Et ceci non pas avec des questions bateau « alors ça va bien truc, le camp te plait ? » Mais avec des questions précises, est-ce toi-même qui a fait ton sac, aimes-tu qu’il y ait une rivière sur le lieu de camp. Penses-tu que vous ayez choisi le meilleur coin de patrouille. Aidez vos scouts à se lâcher par vos questions ciblées, vous serez étonnés et vous dirigerez encore mieux votre unité. On peut faire exactement la même chose à la fin du camp. Là c’est davantage le chef qui doit parler et dire comment il les a vus vivre et comment on pourrait faire mieux. Le futur CP de l’année suivante devra être tout oreille et on veillera à ce qu’il le soit. il ne s’agit pas de parler pour passer du temps mais de passer à l’action dès la rentrée

Il se peut qu’on ait à régler des problèmes avec un garçon (cafard, mauvaise entente, mauvais esprit). Faisons-le en tête à tête ou avec d’autres personnes en veillant toujours à ce que les « parties» soient équilibrés.

Utiliser une CDH pour passer les scouts individuellement est totalement inefficace sur le plan progression et connaissance. Au 25ème scout qui passe ça fait tellement rabâché que les chefs ne croient plus un seul mot de ce qu’ils disent eux-mêmes et ils n’écoutent plus les réponses des garçons. Les scouts qui passent à la fin du processus ne sont donc pas traités comme ceux du début. En outre ça consomme un temps fou pour la maîtrise qui n’a donc pas le temps de se construire un beau Kraâl. Exactement les mêmes remarques peuvent s’appliquer pour cette revue de fin de camp. En outre, il n’est pas rare que le CT partant s’octroie le droit de décider qui sera CP ou second pour l’année suivante. C’est là une tâche capitale dévolue à celui seul qui dirigera l’unité l’année suivante. Cependant il ne lui est pas interdit de prendre conseil du CT partant.

Lorsque ce type de processus est en place, CDH de début et de fin de camp, on doit vraiment se poser la question de savoir si on n’est pas dans le cas du camp de prisonniers… oui, il faut vraiment se poser la question.

La CDH tribunal révolutionnaire

Malheureusement nos scouts sont loin d’être parfaits. Il se peut que l’un d’eux fasse une faute relativement grave qui entache la réputation de la troupe ou du scoutisme aux yeux du public. Dans ces cas une CDH s’impose. Et là, qu’on le veuille ou non, la CDH va ressembler à un tribunal. Mais il ne s’agit pas que cela se passe comme dans un tribunal révolutionnaire dans lesquels la condamnation est prononcée d’avance et la défense n’a aucun droit. C’est malheureusement ce qui se passe TOUJOURS pour ce type de CDH. C’est là aussi un indice très fort qu’on et en présence d’un camp de prisonniers.

Comment faudrait-il bien faire dans ces cas difficiles ? C’est très simple pourtant, comme dans tous les cas difficiles il faut une procédure et s’y tenir. Voici la procédure et nous encourageons les chefs d’unité à considérer ce type de document comme capital et de l’avoir en réserve dans leur dossier de camp.

1° Enqêter : faire soi-même ou déléguer une véritable enquête où sont interrogés les gens impliqués. Ne jamais se contenter de d’à peu près. En cas de doute creuser soi-même jusqu’à ce que tout devienne clair.

2° Ne rien décider tant que la CDH n’aura pas été réunie. En général décider trop tôt expose à décider sous le coup de l’émotion et donc à fausser le jugement. En particulier il ne faut pas du tout penser d’avance  à une sanction.

3° Droits de la défense : le fautif ou l’accusé a droit à être défendu. Il se choisira un ou plusieurs défenseurs qui pourrons parler à sa place et qui devront absolument jouer leur rôle qui ira jusqu’à s’opposer au chef.

4° pas d’ecclésiastique dans les accusateurs. L’aumônier aura éclairé les protagonistes AVANT la CDH mais honnêtement il est préférable qu’il n’intervienne pas du tout pendant la CDH. En revanche il serait bon qu’il conclue en Résumant avant que le CT ne lance la prière des chefs.

5° Clémence et mesure. En cas de mauvais esprit manifeste, la CDH est superflue. Mais en cas de scout fautif et repentant il faut de la clémence et de la mesure. S’il doit y avoir une punition elle sera plus symbolique que réelle. Surtout elle sera brève et certainement pas irréversible (comme une exclusion)
En général un véritable fautif occasionnel veut rester à la troupe alors que celui qui fait du mauvais esprit ne peut pas rester bien longtemps dans la troupe, il s’en ira de lui-même. C’est pourquoi un chef qui en viendrait à prononcer une exclusion devrait se poser la question de sa propre exclusion.

Bien jouer la CDH

Les différents manuels de chefs de tous les mouvements se plaisent à rappeler de prétendues règles pour la CDH. Comme par exemple que seul peuvent y assister les CP ou les 1ères Classes, que les assistants en seraient exclus que… et encore… stop.

La CDH est une cour et en principe tout le monde peut assister à son déroulement. Là se situe l’une des dimensions du scoutisme et elle est réellement importante, c’est par elle que la notion d’honneur et d’engagement passera dans les gènes des garçons. Donc tous, et surtout les scouts, peuvent assister à la CDH. Cela ne signifie pas que tous peuvent y intervenir. Voyons maintenant point par point.

CDH de promesse, de classe, de progression

Il semble que l’idéal serait que toute la patrouille de l’impétrant assiste à la CDH de son poulain. Le CT devrait même interroger chacun pour un compliment, un encouragement. C’est bien sûr le CT qui préside mais je ne vois pas pourquoi la maîtrise ne pourrait pas y assister. Cela ne dénature en rien le lien privilégié qui existe entre le CT et les CP.

CDH acte héroïque

Que quelqu’un explique pourquoi toute la troupe ne pourrait pas y assister ? Voilà réellement une belle occasion de magnifier un exemple. Il existe juste un écueil que CT et aumônier doivent absolument éviter dans certains cas : celui de susciter envie et jalousie. Il est absolument certain que de nombreux garçons dans la même situation auraient fait de même. Simplement pour eux, l’occasion ne s’est pas présentée. Il faut au contraire parvenir à susciter l’envie et l’ardeur au sacrifice (bien réfléchir aux mots que l’on emploie)

CDH disciplinaire

beaucoup plus délicat. Il semble au minimum il faille que tous les impliqués y assiste. Mais on ne voit pas pourquoi ces débats souffriraient d’être publics. L’huis-clos devrait-il cacher quelque chose ? N’ayons crainte, le public que constituera de nos garçons qui souhaitent assister aux débats sera sans doute le meilleur garde-fou contre nos excès ou nos abus. Le chef joue ici le cœur de son autorité, si elle est vraiment fragile et chancelante, qu’il se pose la question de savoir comment cette CDH pourra la consolider : CDH publique ou à huis-clos ?

CDH choix importants et orientations

En général e cette CDH ne se passe pas au camp. Dans ce cas typiquement tout le monde devrait être là. Les bonnes décisions ne souffrent jamais d’être expliquées, les mauvaises décisions préfèrent le catimini.

Quelques exemples de grand choix : décider d’un camp exceptionnel, à l’étranger par exemple, dans des contrées inhabituelle, ou qui va demander un effort financier particulier. Introduction d’une nouvelle coutume qui engage, comme la totémisation par exemple. Changer d’uniforme, adopter chapeau truc, foulard comme-ci. Créer une nouvelle patrouille…

L’autorité

La matière qui est manipulée par la CDH est de l’autorité brute, matière hautement précieuse mais dangereuse si mal utilisée. L’autorité est le fondement de toute société, c’est le mode d’emploi des communautés humaines qu’a voulu notre Créateur. Pour faire bien comprendre l’importance de cette autorité on donne à la CDH une certaine tenue et une certaine solennité (mais faut pas trop en faire)

L’autorité n’est jamais absolue, jamais. L’autorité signifie que la décision finale revient à UN SEUL. Cependant, nulle part le Créateur a voulu que cette décision soit le fruit du caprice du chef. Le processus d’aboutissement de la décision est un exercice constant de démocratie. Les hommes libres de la société scoute peuvent parler, peuvent dire, peuvent exprimer… Le chef doit écouter. En revanche il est seul à décider. Souvent il peut expliquer sa décision, c’est mieux, ça éduque les générations futures de chefs. Parfois c’est plus difficile et il gardera pour lui ses raisons. Mais dans TOUS les cas doit prédominer le bien commun. Le fonctionnement des CDH est alors le meilleur révélateur de la santé d’une unité. La bonne santé d’une troupe ou d’une compagnie dépend principalement du bon chef soucieux du bien commun

Le plus grand bien pour une communauté est d’avoir un bon chef.

 

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Une réflexion au sujet de « La Cour d’Honneur »

  1. dans le § CDH début de camp: une faute d’orthographe qui fait désordre. « que le chefs ne crient plus un seul mot. »
    très bon résumé de philosophie sociale. A titre indicatif: un but voulu librement en commun fonde la société virtuellement. Stade embryonnaire: un début d’amitié sociale (dopée éventuellement par l’émulation et la rivalité avec d’autres sociétés à but similaires). l’amitié sociale engendre le désir du bien commun, qui engendre le désir du chef pour coordonner les activités de chacun. Le chef qui commande bien stabilise la société, dope l’amitié sociale, personnifie la communauté, rend possible et réel le bien commun désiré. La jouissance du bien commun partiellement réalisé dope l’amitié sociale. Même le délinquant ne doit pas perdre l’amitié sociale aussi longtemps qu’il n’est pas banni de la société, et la sanction lui rend son honneur intact. une amitié sociale forte fera que le citoyen même puni injustement préférera rester plutôt que de perdre sa part du bien commun. Dans une société saine, l’honneur est le plus grand des biens: il est la reconnaissance publique de sa part au bien de tous.

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