Les 5 dimensions

baden_powell_portrait - CopieLes cinq dimensions ont une importance particulière dans le scoutisme et en réalité la réussite du scoutisme repose sur la mise en œuvre bien comprise de ces 5 dimensions.

–          La nature
–          Le camp
–          Le système des patrouilles
–          Le CDC, la CDH
–          La loi

Commençons par le système des patrouilles, le CDC/CDH et la loi. Nous avons là, en très simplifié, l’organisation d’une petite société. Il n’en faut pas plus pour que cela tourne. Ce système ordonne intelligemment un commandement centralisé : le chef d’unité et des commandements localisés d’unité plus petites : les chefs de patrouille. Le commandement, bien que centralisé, n’en est pas autoritaire pour autant, il y a concertation fréquente en conseil. Par ailleurs la tyrannie est théoriquement impossible puisque l’autorité du chef doit se conformer à la loi. Il y aussi la « tradition » qui encadre et limite (en théorie) toute tendance autoritaire. Dans les sections Kraâl nous reviendrons à maintes reprises sur cette notion « des traditions » qui peut recouvrir de l’excellent mais également du pire.

Donc nous avons une petite société définie par une organisation, un système de commandement et une loi transcendante. Pour qu’une société puisse exister, il lui faut un lieu physique et un but naturel. Le lieu physique c’est la nature au sens élargi. Le but c’est le projet du camp.

microsociete

La nature élargie

La nature c’est bien sûr les bois, les rivières, les prés et les champs, les chemins, la campagne… C’est cela mais vu par les yeux des enfants. La beauté de la nature, son effet reposant et ressourçant n’est perçu que par les adultes. L’enfant est peu sensible à la beauté, pour la percevoir et la comprendre il a besoin d’une éducation. Pour lui la nature est avant tout un terrain de jeu. La nature est le lieu d’aventures. Ainsi tout peut devenir nature même la ville. Pour l’enfant la nature ainsi comprise possède les caractéristiques suivantes : pas d’adultes, pas de barrières, pas de contraintes, l’imagination peut passer à l’action. La nature qui répond le mieux à ces critères se trouve donc naturellement dans les bois. Ensuite vient la campagne. En dernier les bourgs et les villes. On comprend sans doute mieux ce que voulait exprimer BP avec cette dimension du civisme. Le civisme n’est pas très contraignant dans le bois, il l’est plus à la campagne où il faut respecter les champs, les clôtures, le bétail, les usages. Il est indispensable en zone urbaine où de nombreuses règles et usages définissent le comportement et qui place sur le trajet des scouts autant de témoins que de personnes rencontrées.

Plusieurs fois certaines phases de jeux se sont déroulées en ville. Il est frappant de constater que, entièrement pris dans leur aventure, les jeunes considèrent les bâtiments, les rues, les murs comme des obstacles, les passants comme des figurants, et tout ce qui entre dans le déroulement du jeu comme des moyens. Dans ce cas, la vigilance des chefs est alors absolument nécessaire pour éviter tout débordement car souvent, le bon sens des CP et leur bonne éducation peuvent se trouver supplantés par la puissance du jeu. Ceci pour illustrer que la « nature » est en fait le territoire du jeu scout et que ce territoire est d’autant meilleur qu’il est vierge de contraintes.

Le camp c’est l’AVENTURE

Ensuite vient le camp. Le camp se joue sur le territoire. Le camp (ou les camps) est l’affaire de l’année. Souvent les chefs expliquent sans totalement saisir la puissance de leur propos que le camp est l’aboutissement de l’année. Et c’est vrai. Le camp est le projet, l’aventure de l’année. Toute l’année ce n’était que répétitions. Au camp, on plonge entièrement dans la nature et on plonge entièrement dans cette société spéciale qu’est la troupe limitée à elle-même. Au camp pendant, 2 ou 3 semaines on vit dans un monde à part : le camp. C’est la société, réduite au système des patrouilles, au chef et à sa façon de diriger et la loi. Tout le reste doit DISPARAÎTRE. Enfin, autant qu’il est possible. Tout le reste n’a pas sa place, tout le reste fausse le camp, tout le reste dénature le scoutisme.

Le camp isolé du monde d’avant

Les contacts avec la société du monde doivent être supprimés autant qu’il est possible pour que la petite société des scouts tourne véritablement. C’est en se séparant complétement du monde des adultes que le jeune se construit dans le monde des scouts. Tout, absolument tout y est différent. Et toute intrusion du monde dans cette petite société est incongrue et discordante. Si les intrusions sont trop nombreuses, le camp se dénature. Le chef d’unité mais également les assistants ont un rôle primordial dans cette préservation du camp. Les règles de base sont les suivantes : pas de voitures ou alors au minimum. On les parquera si possible hors de vue. Pas de Visages Pâles sur le camp, où alors le moins possible sans toutefois être impoli. Pas de parents de scout de passage, c’est souvent une catastrophe, ou alors les retenir au Kraâl. On tolérera bien sûr le propriétaire mais on essaiera aussi de le garder au Kraâl. Les anciens scouts sont plus facilement gérables, souvent ils sentent d’instinct comment se comporter et leur présence ne change rien au camp.

Un paragraphe spécial pour les jeunes visiteurs de l’autre sexe par rapport à l’unité. D’une manière générale : à déconseiller fortement. Surtout lorsqu’ils arrivent avec les parents de scout en visite au camp. Les autres jeunes peuvent être acceptables s’ils sont en contact avec l’unité par le biais d’une aventure. N’oublions jamais que mis en présence de l’autre sexe venant de l’autre monde, nos jeunes vont instinctivement abandonner leur comportement de citoyen de la patrouille et de la troupe pour reprendre la place qu’ils occupaient avant, dans le monde des adultes. Lorsqu’il se trouve des adultes  « extérieurs au camp » de passage au camp, c’est déjà ainsi qu’ils sont tentés de réagir. Mis au contact de l’autre sexe venu du « monde d’avant » c’est ainsi qu’ils réagissent de manière certaine.

Le cas de l’explo de pat

Dans cette réflexion, il convient d’évoquer un aspect important de l’exploration de patrouille. Normalement, l’exploration a pour but de partir à l’aventure et de découvrir le territoire. Normalement, les personnes rencontrées devraient être abordées comme des « indigènes ».

La réalité est souvent différente. La tentation est grande pour les chefs de patrouille de considérer l’exploration comme un retour vers le monde normal. Et il est malheureusement courant que les patrouilles fument, draguent, se passent des vidéos, se goinfrent au restaurant, se déplacent en voiture… ces faits n’indiquent qu’un seul et même symptôme : chef de troupe gestionnaire et pas impliqué dans le jeu scout.

Cependant, malgré un bon chef et des CP qui jouent bien le jeu, il se peut que ce soit le « monde extérieur » qui vienne à la rencontre des patrouilles. Il faut donc que le chef d’unité soit très prudent lors de l’élaboration de l’exploration. Il faut rester dans la découverte-aventure et ne pas permettre au « monde extérieur » de s’immiscer dans le monde du camp. Une bonne solution est d’organiser des RDV quotidiens avec les patrouilles. Le CT ou un assistant visitera les patrouilles aux moments importants. En tout état de cause, il n’est pas envisageable de laisser les patrouilles totalement indépendantes pendant trois jours, et ceci aussi bien sur terrain désert que très peuplé.

Un enfant pour chef

Le camp est donc une parenthèse très spéciale dans la vie du scout, cette parenthèse le met hors de la vie du monde et le plonge dans une nouvelle société, avec ses citoyens, son organisation, ses lois, ses coutumes. Les chefs, mais tout particulièrement le chef de troupe, doivent absolument préserver cette parenthèse et ne rien permettre ou tolérer qui risquerait de la dénaturer. Préserver cette parenthèse d’un camp isolé « du monde d’avant » pour vivre complétement le jeu scout est l’ÉLÉMENT CAPITAL du scoutisme.

Comprendre et respecter les dimensions, c’est jouer le système des patrouilles, c’est diriger d’une manière ferme mais participative et c’est connaître et faire respecter la loi. Tout ceci est assez simple en réalité et la force des « bonnes traditions » est à même de garder la troupe dans la bonne direction. Cependant, jouer un bon camp sur un véritable territoire est une autre affaire.
Tout le scoutisme se joue sur la façon dont le chef conçoit le camp :
– ou bien en chef encore jeune, la seule et bonne voie
– ou alors en gestionnaire extérieur, ça peut apparemment fonctionner pour un premier camp mais au bout du deuxième, les mauvais résultats sont déjà là.

Nous allons essayer de parler très clairement pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté : le chef doit être dans les mêmes dispositions d’esprit que ses scouts. Il doit être un grand ado qui joue encore le même jeu que ses jeunes. Simplement il a reçu une formation qui lui permet de diriger un camp et de comprendre comment il doit jouer cette aventure. Il doit être dans le même « trip » que ses jeunes. Il doit avoir, sans remord, laissé le vieux monde derrière lui et vivre à fond cette parenthèse du camp, tout en la dirigeant. Si le chef gère le camp, le camp est raté avant même de commencer ; le chef doit jouer le camp et s’y jeter avec toute son âme et toute sa fougue. Bien sûr c’est lui qui a préparé le grand jeu mais lorsqu’il le lance il y croit comme le premier de ses scouts. Malgré son âge et malgré sa compétence, il garde encore pour quelque temps son âme d’enfant. Il doit encore avoir suffisamment de plaisir à jouer cette aventure passionnante avant de passer vraiment dans le monde des adultes. Pour quelques années encore, il brûle ses dernières réserves d’adolescence.

Plus tard il passera définitivement dans le monde des adultes par son entrée dans le monde du travail, par son mariage ou sa vocation. Ces nouveaux engagements, ces engagements d’homme ou de femme, lui permettront alors se s’épanouir pleinement dans le nouvel état qu’il aura choisi.

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