Esprit du Forestage

Par Lama.bouton scout arw0003-esprit du forestage.pdf
Le coin des scouts -> Forestage et installations

Afin de pratiquer le forestage avec efficacité il faut respecter cinq principes très simples.
1- Le forestage se pratique sur place, là où on s’installe.
2 – Le forestage utilise des bois bruts.
3- Les constructions sont éphémères.
4- Le forestage construit utile et efficace.
5- Abattre au minimum et tout utiliser.

Expliquons ces principes en observant le comportement de nos anciens bûcherons

1- Le forestage se pratique sur place, là où on s’installe.

Le plus important : le forestage se pratique en plein air sur le lieu où l’on a décidé de s’installer. Ceci exclut toute idée de préfabrication avant le camp que cela soit fait en local ou dans la nature. C’est une déviance du forestage et elle est malheureusement pratiquée par beaucoup d’unités. On pourrait assimiler cette déviance au caravaning. Pourquoi s’embêter à toujours reconstruire les mêmes choses ? Profitons de la motorisation facile pour transporter, démontée, une partie des installations qui pourront servir à nouveau d’une année sur l’autre. Certaines unités partent en camp en bourrant de rondins, de installoperches et de claies toutes préparées les soutes de l’autocar. On tentera d’expliquer que l’on a de plus en plus de mal à trouver du bois sur les lieux de camp et que cela fait gagner du temps d’en emporter. Il existe des règles de bonne conduite chez les scouts qu’il faut respecter : on s’adapte au terrain et à ses contraintes, et on emporte avec soi le strict minimum. Si l’on voulait réaliser des installations grandioses, il ne fallait pas choisir un lieu de camp où le bois est rare. Si on veut aller absolument dans telle région ou dans tel coin, il faut alors s’y adapter et exploiter ses possibilités comme elles se présentent. Le scout est riche de son habileté et de sa faculté d’adaptation, non de la quantité d’objets qu’il traîne avec lui. Le temps est également une contrainte que l’on doit savoir gérer, on ne réalisera pas le même programme d’installations en un, deux ou trois jours.

2 – Le forestage utilise des bois bruts.

Le forestage se pratique uniquement avec des bois bruts. Il n’est pas nécessaire de les avoir abattus soi-même et il n’est pas nécessaire de n’utiliser que du bois vert, le bois sec convient tout aussi bien. Avant de couper quoi que ce soit sur le lieu de camp, il faut bien sûr avoir obtenu l’autorisation préalable du propriétaire ou du responsable. Il ne faut pas utiliser du bois déjà façonné de manière industrielle, c’est laid et on quitte l’esprit du camp. Si tu veux obtenir des pièces de section rectangulaire, il est très facile de les équarrir toi-même.

Parfois le voisinage avec une scierie permet de récupérer des dosses. Ce sont des planches sciées avec une face plane et l’autre face brute. Pourquoi ne pas les utiliser pour des claies si cela est fait avec discernement et bon goût mais attention on verse très rapidement dans la solution de facilité et il vaut mieux réserver ce type d’approvisionnement pour pallier l’absence ou la rareté de bois bruts ou pour des réalisations spéciales, par exemple pour des pagaies à l’occasion d’une descente de rivière en radeau. Mais attention c’est déjà une entorse au principe

A l’inverse certaines unités suppriment de leur équipement tout ce qui peut être façonné sur place à commencer par les mats de tente et les piquets.

Bien sûr il ne faut pas emporter des éléments préfabriqués en profitant des soutes de l’autocar qui nous emmènera au camp. Certaines unités emportent des claies, des canisses… c’est tellement laid et il est tellement simple de les fabriquer sur place avec un simple sécateur et quelques novices dont on utilisera les faibles compétences en forestage et qui seront ravis de réaliser quelques chose de beau.

D’une manière générale il faut utiliser les matériaux bruts que l’on trouve sur place pour réaliser les installations de vie au camp.

3- Les constructions sont éphémères.

Les constructions en forestage ont nécessairement un caractère éphémère. Tout ce que tu construis avec cette technique doit avoir par vocation une durée de vie limitée. Le camp dure au plus un mois, le campement des bûcherons sans doute plus longtemps mais il prenait nécessairement fin avec l’achèvement de la coupe. Toutes tes installations devront être détruites à l’issue du séjour car construire pour plusieurs semaines est une chose et construire pour braver les siècles ou simplement les années en est une autre. Les constructions faites pour durer utilisent des matériaux et des techniques particulières.

contruction_coin_de_patA la rigueur pourra-t-on laisser une table et des bancs mais guère plus. L’attaque des insectes et des champignons conjuguée à l’humidité aura tôt fait de détruire tes constructions qui n’auront reçu aucun traitement pour résister. Si par contre tu souhaites rapporter de belles réalisations de taille raisonnable, pourquoi pas ? Elles serviront à meubler le local de patrouille ou trouveront une utilité chez toi, à la maison ou dans le jardin. Avec un peu d’entretien et de soin elles pourront durer très longtemps. Pour cette cause honorable, et dans ce sens du voyage, le retour, les soutes de l’autocar seront alors utilisées de manière licite.

pont moisi

Tout le reste devra donc être démonté. Et en particulier les mâts des couleurs. Ceux- ci seront déplantés et couchés au sol sur des cales pour les préserver de l’humidité du sol. Ainsi ils pourront servir plusieurs années de suite par les unités qui camperont là. Les ponts et passerelles qui auraient pu être construits seront démontés à moins que le propriétaire ne demande à les conserver. Sans protection particulière et sans entretien ce type de construction résiste rarement plus de trois ans. Avant d’être naturellement détruites, ces installations que tu auras laissées, seront dangereuses pendant longtemps. Que dire des tours et autres constructions pharaoniques ? Elles représentent un danger permanent pendant le camp et longtemps après si on a eu la faiblesse de les laisser debout. C’est ici un principe qui se transforme en règle de sécurité : tout doit être démonté et absolument aucune dérogation pour tout ce qui est haut grand lourd. .

Par ailleurs, le scout comme le bûcheron n’est que de passage, il construit pour avoir un confort immédiat mais il sait qu’il va nécessairement quitter son emplacement. Il n’accumule rien et ne laisse pas de trace physique de son installation temporaire. Il emporte avec lui le principal : son habileté, son enthousiasme et l’art d’être libre et partout chez lui dans la nature.

4- Le forestage construit utile et efficace.

Beau, simple, efficace : Ce principe est la suite logique du précédent. Pour de l’éphémère on ne construit pas grandiose et gigantesque mais on essaye de tirer le meilleur parti du temps qui est compté et de la nature qui fournit les matériaux. La période des installations ne devrait jamais dépasser 3 jours et demi.

Les grandes réalisations de prestige sont extrêmement gourmandes en temps, matériaux et main-d’œuvre et réclament bien souvent une préparation méticuleuse et une technique irréprochable, ce que bien peu d’unités sont capables de mettre en œuvre. Évitons alors les tours, les plates-formes, les camps retranchés, les cités lacustres ou les ponts de la rivière Kwaï. Laissons aux Sapeurs du génie ces installations grandioses qui appartiennent au pionniérisme.

Bien que nous les déconseillions fortement, nous ne pouvons empêcher ces constructions de prestige. Cependant sachez qu’elles réclament presque les compétences d’un architecte et il faudra impérativement les démonter à la fin du rallye, du jeu de la fête de groupe. Pensez à votre responsabilité si un accident grave devait survenir à cause de cette réalisation.bocaux

Confort prime sur défi : Tu dois simplement penser au confort et non pas au défi ou à la parade. Les installations sont réalisées dans le but d’aménager au mieux le coin de patrouille et de rendre simples et agréables toutes les activités indispensables à la vie au camp. Tu es scout et non pas sapeur du génie, pas plus que légionnaire romain ni que bâtisseur de cathédrale. Entreprends des travaux de ta force et pour ton usage. Construire un petit ponton qui s’avance dans le lac ou l’étang qui borde le lieu de camp est déjà un rude travail mais tout à fait réalisable. Cela te permettra de ne pas patauger dans la boue de la rive pendant la baignade ou le puisage de l’eau. C’est simple, pratique et de ton niveau.

Bannir: tours, plateformes, citée lacustre… La patrouille qui installe au milieu de ce même étang une plate-forme style cité lacustre surestime sa force car il faut absolument penser à tout et avoir tout prévu. Cette patrouille n’a pas imaginé la vie abominable qu’elle se prépare. Passées l’euphorie et la fierté de dormir la première nuit au milieu du plan d’eau à l’abri des bandes de pillards et des hordes de loups qui infestent nos tourcontrées, la vie sur la plate-forme va vite se transformer en cauchemar. Ne parlons même pas des risques d’échecs lors de la construction dont les effets peuvent se révéler dévastateurs pour l’esprit de patrouille.

Pareillement, les espèces de tours où l’on trouve superposées, la cuisine, la salle à manger et enfin la tente et, parfois encore, un poste de guet relèvent exactement de la même erreur et présentent donc les mêmes, qui s’additionnent à celui de la chute (survenu de maintes fois déjà).

Il faut donc construire intelligent et fonctionnel. Il faut imaginer toutes les actions de la vie au camp et se demander comment on pourra les accomplir grâce aux installations ou malgré elles. Tu retireras exactement la même jubilation d’avoir construit et d’utiliser quotidiennement une belle table à feu et un beau four de conception intelligente que d’avoir bâti la tour infernale (où l’on trouve empilées toutes les commodités d’un coin de patrouille sauf les feuillées, le tout sans ascenseur).

tout infernale table en hauteurcite lacustre

Pas de plans compliqués : La conception intelligente des installations s’exprimera nécessairement au travers d’un plan simple. Il faut absolument éviter la liasse de plans que certaines patrouilles affectionnent. Une simple vue en perspective qui représente l’installation finie et cotée est amplement suffisante.

La construction pendant le chantier doit garder et en permanence le lien avec l’objectif qui est la simplicité et l’efficacité. C’est pourquoi une démarche un peu instinctive pendant le travail n’est pas à rejeter car elle permet de faire souvent appel à la réflexion et à la concertation au cours du travail. Le chef de patrouille n’a pas besoin de se transformer en contremaître ni les scouts en exécutants. Tous sont des compagnons responsables de leur ouvrage et tous peuvent se l’approprier.

5 – En forestage on coupe au minimum et on utilise tout ce qu’on coupe

La dernière règle du forestage consiste à utiliser tout ce que l’on coupe. Je ne veux pas parler uniquement des troncs, je pense bien à l’intégralité de l’arbre. Ce que tu es coupé, il faut savoir l’utiliser totalement, les branches minces, les cimiers et les feuillages ont leurs utilisations, elles sont décrites dans ce site mais les scouts en trouveront d’autres. C’est là une des nombreuses applications de l’article 9 de la loi :

Le scout est économe et prend soin du bien d’autrui.

Dans les pages de ce site il est expliqué comment abattre et gérer entièrement la matière première nécessaire au forestage.

Le bois brut on peut tirer plusieurs matières qui peuvent permettre de réaliser à peu près n’importe quel objet d’utilité courante au camp. Un peu de navigation dans ce site permettra de trouver tout ce qu’on peut faire avec les différentes parties d’un arbre. Citons les fortes tiges ou rondins, les perches, les fourches, les badines pour les claies, les branchages pour les couches, les planches obtenues par fendage et les écorces dont on peut tirer de nombreuses applications.

Tout utiliser revient aussi à utiliser moins d’arbres, il faut être parcimonieux dans les coupes qu’on est amené à opérer. Il s’agit là de simple bon sens, il faut savoir utiliser les arbres dont on a besoin mais également savoir se limiter. Le taillis ou le taillis sous futaie n’ont quasiment pas de valeur (éventuellement comme bois de chauffage). Ce sont ces taillis qu’il faut utiliser pour réaliser les installations.

À l’issue du camp, les installations démontées et empilées en stères retrouvent cette valeur de bois de chauffage. Il ne faut pas confondre forestage et bûcheronnage. Il ne s’agit pas de coucher des fûts pour construire tes installations mais d’utiliser du taillis. Les cognées, les scies démesurées (et même les tronçonneuses thermiques ; si si, j’en ai vu dans certains camps) ne sont donc pas nécessaires. Ce sujet est repris dans la page des outils. Les bûcherons réservaient les beaux fûts pour le propriétaire de la parcelle. Les branches des beaux arbres ainsi que le taillis étaient débités en bois de chauffage et pour construire leur campement ils utilisaient uniquement du taillis. Fais donc de même et utilise alors des outils de taille appropriée qui sont beaucoup moins dangereux. Nous verrons par la suite que la technique du tenon-mortaise (symbole du forestage) ne consomme que que faibles diamètre de tiges et le taillis convient parfaitement. En revanche, ceux qui n’ont pas abandonné la technique du mi-bois chevillé (symbole du Froissartage) ont besoin de troncs beaucoup plus gros.

tronconneuse

On pourrait ajouter une sixième règle que certains chefs de patrouille on tendance à oublier pendant cette période de construction. Bien souvent on ne pense qu’à gagner les installations.

Le forestage se pratique en jouant.

L’émulation est bonne mais le jeu ne doit jamais perdre ses droits. Car l’aventure scoute est un jeu. C’est fondamentalement un jeu fantastique que de se construire son lieu de vie et les scouts sont les seuls adolescents à vivre ce jeu. Donc jouons en construisant ou construisons en jouant mais que règne la bonne humeur pendant et après les installations.

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