Scoutisme et paroisses

parentsPar Gerfaut.

 C’est un fait que, depuis l’origine, les relations entre les troupes scoutes et les paroisses ont été difficiles et bien souvent conflictuelles. Alors que certains prêtres ont très vite compris toute l’importance du scoutisme et tout le bien qu’on pouvait en attendre pour le salut des âmes (père Sevin), nombre de bons curés de paroisse, enseignant une excellente doctrine, ont immédiatement considéré les troupes de scouts avec une défiance latente quand ce n’était pas une hostilité ouverte.

Cette défiance s’est appuyée sur deux idées ou deux tendances dans les paroisses : la tendance au cléricalisme qui voudrait un contrôle total de toute activité menée par des baptisés et l’inquiétude devant un mouvement dont la finalité semblait éloignée de la formation de la piété chez les jeunes.

Le cléricalisme

La tendance au cléricalisme s’est traduite par les tentatives de création de confréries pieuses déguisées en scouts : les Cœurs Vaillants. Ces tentatives ont généralement échoué dès qu’on a cessé de les tenir à bout de bras. Surtout, elles n’ont pas donné de fruits. Ces tentatives sont à mettre sur le même plan que la tentative d’enrégimenter les activités politiques des catholiques sous le contrôle ecclésiastique. Ce fut l’action catholique et les partis démocrates chrétiens. L’erreur de ces tentatives est à imputer à l’impossible amalgame entre la fin surnaturelle de l’Église et la fin naturelle de la société civile.

Le surnaturalisme

La tendance au surnaturalisme s’est traduite par l’ingérence envahissante de l’aumônier qui cherchait à multiplier les exercices de piété afin de transformer la troupe scoute en une croisade eucharistique ou un patronage. Cette seconde tendance a pour résultat de stériliser le scoutisme très rapidement, exactement comme une famille dont le père s’imaginerait éduquer d’autant mieux ses enfants qu’il les contraindrait à un nombre croissant de dévotions.

Comprendre l’action du scoutisme

Ces quelques lignes se donnent pour objectif de faire prendre conscience aux confrères ecclésiastiques que les particularités du scoutisme en font un mouvement de jeunesse réellement différent.

Le scoutisme possède une fin propre naturelle (et non surnaturelle), exactement comme la famille, exactement comme l’école. Dans la société moderne, la famille trouve bien difficilement les moyens de gérer la crise d’adolescence entre 12 ans et 16 ans pour assurer la transition harmonieuse de l’enfant qui passe à l’âge adulte elle doit alors se tourner vers une structure qui sera capable de l’aider. C’est déjà ainsi qu’elle agit, lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle n’a pas tous les moyens d’assurer l’instruction intégrale de ses enfants et qu’elle est obligée de la déléguer à l’école,

L’Église possède les moyens d’ordonner les hommes à la fin surnaturelle mais elle ne possède pas les moyens d’ordonner à la fin naturelle prochaine. Ceci est vrai pour l’enfant qui doit devenir un adulte et c’est vrai pour l’homme adulte qui trouve son achèvement par la vie dans la société. L’Église ne peut rien faire dans ce domaine, par manque de moyens et bien souvent par inaptitude. L’Église a besoin pour cela de la cité terrestre : de la famille, de l’école, de tous les corps intermédiaires. Parmi ces sociétés imparfaites mais nécessaires, il faut inclure le scoutisme.

Cependant, ces fins naturelles prochaines doivent elles-mêmes être ordonnées à une fin surnaturelle. L’Église a donc un droit de regard et une autorité indirecte dans le domaine naturel. Vis-à-vis du scoutisme, l’aumônier aura donc une autorité indirecte, mais il n’a pas compétence pour changer ni la fin propre du scoutisme ni les moyens essentiels qui lui permettent d’atteindre aisément sa fin. Il doit seulement veiller à ce que les moyens naturels ne fassent pas obstacle à la fin surnaturelle. Il apparaît alors clairement que l’aumônier doit avoir la connaissance de cette fin du scoutisme et des moyens essentiels employés par ce mouvement.

Veiller sans interférer

Il faut donc que le curé, le prieur, le chapelain ou tout autre responsable ecclésiastique de fidèles soit parfaitement conscient que les moyens surnaturels dont il dispose ne sont pas ordonnés en eux-mêmes à assurer le passage naturel harmonieux de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence. La sainteté de l’enfant, aussi belle soit-elle, ne supprimera pas à elle seule les difficultés de la transition à travers la crise d’adolescence.

L’existence d’une troupe de scouts ou de guides qui fonctionne bien est alors une aubaine inespérée pour une paroisse.

Corollaires

Il convient alors d’apporter quelques réflexions ou précisions importantes à ce sujet :

La troupe n’est pas un satellite de la paroisse comme un patronage, ou la croisade eucharistique, ou le club de football paroissial. Une troupe scoute qui favorise le salut éternel n’est pas nécessairement celle où il y a le plus de dévotions apparentes mais celle où la méthode scoute est le mieux appliquée. (Exactement comme pour l’éducation des enfants dans une famille).

L’aumônier doit être très prudent quand il intervient dans le fonctionnement d’une troupe. Certes, il détient tous les moyens d’imposer sa volonté en faisant pression morale sur les parents ou sur le chef de groupe mais s’il ne respecte pas la nature du scoutisme, sa fin et ses moyens propres, non seulement il stérilise cette méthode, mais il n’obtiendra pas du tout les bons chrétiens qu’il voudrait : le forcing spirituel aux dépens de la formation du caractère ne produit plus des hommes, il produit des révoltés, des tricheurs ou des nouilles.

Le scoutisme n’a qu’une utilité transitoire le temps du passage de l’adolescence. Il ne faut pas essayer de le prolonger indéfiniment pour garder les jeunes gens dans un vivier facilement contrôlable. C’est le grand mirage des scouts aînés et des routiers. La formation des routiers, tellement vantée par tous les mouvements de scoutisme, n’a aucune utilité pratique car les qualités d’adulte du jeune homme s’acquièrent désormais par la prise de responsabilités d’adulte dans la société civile.

Une fraternité maçonnique ?

Il existe un autre foyer de méfiance de l’Église envers le scoutisme. Il arrive que certains prêtres s’inquiètent de la fraternité scoute et y voient une espèce de fraternité maçonnique qui transcende toutes les différences religieuses. Ce sont généralement des prêtres qui n’ont jamais vécu le scoutisme ou alors qui y sont venus sur le tard, sans l’avoir vécu comme adolescent. Ces prêtres-là auraient été détrompés par l’expérience.

Autant vaudrait s’inquiéter de ce que l’affection familiale subsiste même lorsque des enfants tournent mal et perdent la foi. La fin propre de la famille étant une fin naturelle, l’amitié sociale qui découle de cette fin naturelle subsiste légitimement (tant qu’il n’y a pas de coopération au péché) même s’il y a plus d’union dans la foi. Ainsi il existe légitimement une sympathie entre jeunes gens qui pratiquent le scoutisme. Cette sympathie est naturelle et elle ne relativise pas la foi.

Dans le cadre favorable du scoutisme, les relations naturelles d’amitié favoriseront toujours la conversion du scout païen, tandis qu’on doit être beaucoup plus prudent pour les amitiés dans le cadre du monde qui favorisent de tous côtés l’apostasie de l’ami chrétien. Au lieu d’être considérée avec méfiance, la fraternité scoute devrait être perçue comme l’occasion d’apprendre à pratiquer l’apostolat dans des conditions particulièrement favorables. L’expérience montre que dans ce domaine, un bon scout parvenu à l’âge adulte, sera généralement beaucoup plus audacieux et bien plus adroit que l’ancien bon petit élevé en serre chaude au sein des œuvres paroissiales dirigées.

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