Partir en explo de patrouille

Par Lama

La patrouille en explo, voici encore une coutume qui caractérise bien les scouts et qu’on ne rencontre guère que chez eux. Mais l’explo c’est à la fois une technique et une aventure. Ne part donc pas en explo le premier quidam venu.

Les buts de l’explo

1 – Découvrir la région

Le but premier de l’exploration est de découvrir une région. Pour cela il est nécessaire d’être ouvert et curieux. On ne part pas en explo comme Bidochon en voyage organisé.

On trouve plus facilement des sites, des monuments intéressants si on connaît déjà un peu et si donc on a pris le temps de se documenter avant de partir. Maintenant avec les media à domicile c’est par pure flemme ou pure désinvolture qu’on ne se documente pas. Chaque village revendique son site, les chambres de tourisme et de commerce rivalisent d’ingéniosité pour vanter leur région, leurs produits, leur accueil. Il n’y a qu’à faire son marché et choisir.

L’étude de la carte IGN est capitale. Les scouts aînés devraient « lire » la carte du camp au moins trois mois avant le camp, enquêter, repérer, tout imaginer. La carte IGN est une mine de renseignement, à elle seule elle peut nous apprendre plus que le réseau. Les noms de villages ou de lieux dits renferment énormément d’indications. Par exemple Quarré-les-Tombes ou Saint-Just-la-Pendue ou encore Planche-des-Belles-filles et encore Bélier, ancien Théâtre romain, rigole d’Yonne etc.

2 – Rencontrer des gens

Il s’agit de rencontre des gens caractéristiques de la région. Il est assez facile de trouver des personnes qui aiment parler. Souvent dans les bleds paumés, les gens qui ne voient personne tout au long de l’année sont ravis de trouver des auditeurs crédules et gentils. Si la confiance s’est installée, ces personnes vous raconteront tout sur tout et vous aurez du mal à interrompre leur flot de langage. Il arrive que parfois ces personnes soient un peu exaltées… ce n’est pas bien grave. Écoutez, posez des questions, relancez. Vous n’aurez ensuite qu’à choisir pour votre rapport d’explo.

3 – Vivre en autonomie

Pendant quelques jours, la patrouille est autonome. Cela ne signifie pas qu’elle est livrée à elle-même et qu’elle peut faire n’importe quoi. Non, bien au contraire, elle doit respecter un programme et un itinéraire mais c’est le CP qui décide et choisit ses actions en dehors de ce cadre et dans le respecte de la loi scoute. Sa liberté est de choisir sa façon de bien faire. Il apprend à décider en fonction d’un objectif et à tenir compte des réalités auxquelles il est confronté. (ce peut-être la fatigue de la patrouille, un magasin fermé, le chemin qui a été perdu, tout le monde est trempé…). Cet exercice, il le fait fréquemment au camp mais seulement pour des durées relativement courtes, le chef de troupe prenant régulièrement le relais au cours de la journée. Ici en explo c’est souvent trois jours de totale autonomie. Il faut donc décider raisonnablement en pensant à cette durée (par exemple, ne pas manger les 3 goûter le premier jour, répartir intelligemment les marches évitant les grosses chaleurs ou les pluies…)

Les bonnes et mauvaises pratiques de l’explo

1 – Donner une bonne image

En tant que scout lâché dans le monde nous sommes apôtres. Nous représentons le mouvement scout en général mais aussi la Chrétienté. Il convient, encore plus que d’habitude, de soigner notre image et notre comportement. Tout ce que nous faisons, disons et tout ce que nous sommes est capté par quelqu’un qui en tire plus ou moins une conclusion. Une mauvaise image est dommageable. Cela peut très bien faire que des mairies ou des propriétaires refuseront plus tard des scouts. Mais au contraire une bonne image peut avoir des conséquences insoupçonnables (conversion…) ; « quand on fait du bien on ne sait pas tout le bien qu’on fait ».

  • Chef, chef, c’est quoi une bonne image, c’est quoi une mauvaise image ?

Tout d’abord la tenue, une bande débraillée et indisciplinée sera vue d’un mauvais œil tandis qu’une patrouille disciplinée en uniforme correct inspirera naturellement confiance. Montrez bien qu’il y a un chef, les gens le comprennent tout de suite et c’est un facteur très rassurant. N’allez pas indisposer les gens en beuglant des chants fafounet dans les rues. Dites bonjour et souriez aux personnes de rencontre, éventuellement échangez un peu, soyez fiers et joyeux d’être scouts, soyez fiers de votre uniforme en le portant bien. Trop de scouts sont honteux, par lâcheté et respect humain. Si nous ne sommes pas capables d’afficher notre différence par notre uniforme, comment pourrions-nous défendre notre Foi, en nous affirmant comme Chrétien, et peut-être mourir pour elle ? Il faut être fier de ce que l’on est, sans ostentation mais aussi sans dissimulation.

Mais l’image ne se résume pas à l’apparence extérieure. Il est des pratiques qui sont absolument interdites parce ce qu’elles ternissent profondément l’image du scout et aussi du Chrétien et qu’elles ouvrent la porte à tous les débordements. Voici quelques-unes une de ces pratiques lamentables :

 Quémander de la nourriture en faisant du porte à porte. Que vont penser les gens ? Que les scouts sont livrés à eux-mêmes et que les chefs sont totalement inconscients. Car si en France il reste quelque chose de sacré c’est bien la nourriture. Laisser des enfants sans rien à manger c’est sans doute à leurs yeux le pire des crimes. Ils donneront car ils auront pitié mais ils s’arrêteront définitivement sur l’idée que le scoutisme est dangereux. En revanche si on est hébergé gentiment par des habitants, on se gardera de refuser de la nourriture de peur de blesser les braves gens qui sont heureux de donner.

 Le restaurant. L’aubergiste ne fera pas de remarque mais il n’en pensera pas moins de ces jeunes qui claquent le fric et qui se font servir alors que justement ils prétendent servir. Mêmes pensées chez les autres consommateurs. Et puis d’une manière générale les scouts se tiennent très mal à table, d’où une mauvaise image affichée. Au camp ou dans la nature ça passe (souvent nécessité fait loi) mais pas avec une nappe, de beaux verres, de beaux couverts et dans un cadre soigné.

 Un film : voilà encore une autre pratique lamentable. C’est le comble de l’hypocrisie, est-il vraiment besoin de s’éloigner des villes, de retrouver la nature et la vie saine du camp pour se ruer aussitôt que possible vers le pire de la civilisation et sans en rien dire au chef ? Ajoutons que de nos jours, quasiment aucun film ne peut être vu sans risque. Il y a TOUJOURS de la fesse, de la violence ou de la haine contre les chrétiens. Si les scouts regardent avec leur CP, tous verront, tous se tairont devant ces sales images et les plus jeunes penseront que… c’est normal. Attention si on a eu la faiblesse ou l’inconscience de laisser des terminaux aux garçons, ils peuvent très bien regarder n’importe quoi.

 Le Stop est également une mauvaise pratique. D’abord parce que bien souvent les scouts sont obligés de se séparer car tous ne tiennent pas dans une voiture et parce que le but de l’explo n’est pas de se la couler douce à l’insu des chefs mais de découvrir en se fatiguant un peu. Le véritable danger du stop c’est que le but non avoué de ceux qui le pratiquent est de : 1° Récupérer du temps ; 2° Ne pas se fatiguer. Ça permet entre autre de traîner au restaurant, de regarder un film ou pire encore d’aller en boîte de nuit. Si, si ne souriez pas ça se fait… et vous seriez surpris de découvrir dans quelles unités.

En réalité, ce qui est mauvais dans toutes ces pratiques c’est qu’elles constituent un refus manifeste et viscéral de l’esprit de pauvreté. Au camp il n’y a pas de bonbons alors la première préoccupation des scouts en explo : s’en procurer. Il n’y a pas de musique techno : vite, nous sommes en manque. À peine quelques jours de vie saine et déjà l’esprit du monde travaille les jeunes. La vie factice, la vie facile, la vie frelatée, la vie des « autres » voilà ce à quoi ils aspirent vraiment. Retirez quelques gardes fous et quelques clôtures électriques… hop ! Immédiatement dans le fossé. La preuve que toutes ces pratiques sont mauvaises c’est que personne n’en pipe mot. Tous sentent confusément ou sensiblement que ce n’est pas bien. Tous, depuis le CP jusqu’au cul de pat, tous se taisent et ce n’est que bien plus tard, sur un lapsus ou sur une plaisanterie que le pot au rose est découvert. Ce type de comportement est très fréquent dans le camp de prisonnier (voir les 3 camps) Mais qui irait blâmer ces scouts puisque les chefs de ce type de camp font exactement la même chose ?
Cependant si des gens vous invitent naturellement ou si un agriculteur propose de vous prendre tous dans sa benne, le CP est seul juge et peut tout à fait accepter si cela lui semble raisonnable. De la même manière la patrouille peut proposer son aide (toujours lorsque c’est raisonnable et bien sûr sans rémunération). Acceptez évidement les cadeaux (avec discernement) en remerciant bien les gens. Il y évidemment une différence fondamentale entre accepter quelque chose de raisonnable qui arrive naturellement et rechercher avidement cette même chose de manière déraisonnable.

Marche dans la nature

L’explo n’est pas un raid survie ni un raid de classe. Cependant elle s’en rapproche sur certains points : pour l’itinéraire on évite au maximum les routes. Et cela pour plusieurs raisons. La route reste toujours dangereuse et c’est de loin la première cause accidentogène chez les scouts. On n’est jamais à l’abri d’un accident, d’un conducteur surpris, ou qui a mal évalué l’évitement de la colonne de scouts, ou qui a été distrait. Ensuite les gens louches traînent en majorité le long des routes et près des lieux habités. Ensuite, une route paraît interminable parce qu’elle manque de variété, on est facilement tenté d’y faire du stop. Enfin un chemin c’est souvent l’assurance de l’insolite. Préférez-vous sauver un oisillon tombé du nid le long d’un chemin de campagne ou compter les canettes de bière et les enjoliveurs cassés le long d’une départementale ?

L’intendance de l’explo.

Si les chefs ont donné directement de l’intendance, on s’en contente (Sauf motif raisonnable) et on ne se gave pas de Barres Mars, de Nuts ou d’autres moellosités de mollassons. Si la confiance règne, il se peut que les chefs donnent de l’argent. Le CP est donc responsable de transformer cet argent en nourriture. C’est une charge sérieuse que l’exercice de cette responsabilité. Il faut avant tout manger à sa faim et de manière équilibrée. Sans se permettre des bonbons ou des douceurs on peut se prévoir un dessert qui flatte un peu le palais, on peut se permettre un peu plus de gruyère râpé et de beurre qu’on en aurait eu au camp. Mais attention, la différence est ténue entre joie de vivre en patrouille tous ensemble et esprit du monde. C’est très facilement que sous couvert de l’une on glisse vers l’autre. Il existe cependant une bonne manière de bien faire dans tous les cas, c’est de rapporter au chef des comptes exacts. En les examinant, lui saura déceler le bon du mauvais comportement et pourra l’expliquer aux CP.

L’hébergement.

La tentation est grande de se faire héberger par l’habitant et c’est vrai que c’est plus rigolo mais attention, plusieurs dangers guettent les scouts. Dans une maison on est tenté de faire les mariolles et de se mal tenir. On risque aussi de ne pas ranger correctement. De plus une maison qui n’est pas familière peut déconcerter et provoquer des accidents (escaliers raides, portes dans le nez…). On se méfiera aussi des hangars avec du matériel agricole sur lequel on peut se blesser et aussi des hangars pleins de paille ou de foin. Les bottes rectangulaires ou rondes y font maintenant plus de 300kg et des scouts sont morts écrasés par l’une d’elle qui était en position instable (à moins qu’on l’ait aidée à tomber).

Les scouts en vadrouille font assez facilement les imbéciles et nous arrivons tout naturellement au 2ème danger qui est de faire les imbéciles chez les gens qui vous reçoivent et ça c’est très très facile, c’est une dérive quasi universelle. Le 3ème danger c’est de se laisser attirer par des gens qui aiment la chair fraîche, ne riez pas, il ne s’agit pas d’ogres mais de personnes qui savent s’y prendre et qui sont charmantes. C’est pourquoi il ne faut jamais accepter que la patrouille soit séparée sous prétexte de ceci ou de cela. Je rapporte ici le cas d’une patrouille qui avait accepté une invitation dans une belle maison avec grande piscine et dont les hôtes « massaient » ces garçons avec de la crème solaire au bord de la piscine. Si vous avez le malheur de tomber sur des gens comme ça alors il faut se tailler immédiatement. C’est très difficile comme décision car on ne peut avoir que des doutes et puis on a peur du ridicule. Mais si le CP a des doutes il ne doit pas hésiter. Bien sûr on préviendra le chef en arrivant au camp.

Bref si le CP est raisonnable il acceptera de monter la tente dans un jardin ou dans un verger plutôt que de profiter d’un abri qui pourrait receler quelque traîtrise. Ça évitera bien des problèmes.

Normalement (au moins pour les éclaireuses) l’hébergement a été prévu et c’est donc là qu’il faudra camper. Cependant, le mieux est de rester à l’écart des maisons pour camper ou bivouaquer, c’est encore là qu’on est le mieux et qu’un scout maîtrise parfaitement la situation. On respectera les règles d’un vrai bivouac et on partira au matin sans laisser de trace.

Retour à camper en patrouille

Bivouac fondu dans la nature